PSA Saint-Ouen : une fermeture annoncée

À PSA Saint-Ouen, les rumeurs de fermeture de l’usine allaient bon train depuis longtemps.

La direction a eu pour politique de faire fondre les effectifs de l’usine depuis de nombreuses années, à coups de départs volontaires : en 2012, il y avait un peu plus de 700 salariéEs, contre 340 actuellement. Un secteur entier, le Ferrage, a fermé pour être transformé en zone de stockage. Alors, quand le directeur a annoncé que l’usine était en « décroissance pilotée » au début du mois d’octobre 2017, les salariéEs ont à la fois vu leurs craintes confirmées… tout en restant dans le flou le plus total. La direction refusait de donner des informations plus précises.

Encouragement aux départs

Tout en refusant de dévoiler le projet de fermeture, PSA recourait aux services d’un cabinet de placement, Altedia, toujours présent sur l’usine. Cela fait des mois qu’Altedia harcèle les salariéEs pour leur faire comprendre qu’il faut quitter l’usine. On vient les voir sur leur poste de travail pour leur proposer de faire des CV, de passer des entretiens. Le but est de vider l’usine petit à petit. En briefing, la direction a même été jusqu’à faire l’éloge de la concurrence, en vantant les places disponibles à... Renault Flins ! Ce qui a été ironiquement relevé par de nombreux salariéEs, habitués à un autre discours sur Renault. Les quelques volontaires ont par la suite échoué aux tests de recrutement pour l’usine de Flins. Mais la plupart des ouvriers encore présents à Saint-Ouen n’ont pas envie de quitter leur CDI pour… rien, car ils savent bien qu’Altedia n’a rien à leur proposer, du moins rien d’équivalent à un emploi à PSA.

En mars dernier, la direction a révélé que l’AP-HP avait le projet de construire sur le site de Saint-Ouen le futur hôpital Nord, issu de la fusion des hôpitaux Beaujon et Bichat. Ce projet arrange bien PSA, qui a présenté le projet comme voulu par l’AP-HP, comme si elle n’était pas la principale responsable de la fermeture, et laissé à nouveau les salariéEs dans le flou pendant des mois, en leur disant que la décision finale de l’AP-HP n’était pas connue.

Pendant ce temps, les salariéEs se sont réunis à plusieurs reprises en assemblée générale, pour exiger des réponses de la direction et formuler des revendications. Le 9 octobre, à l’occasion de la journée nationale d’action de la CGT, 70 ouvriers se sont réunis en AG sur les trois équipes.

Une mobilisation à construire

C’est finalement le lundi 12 novembre que la décision a été dévoilée, PSA se cachant toujours derrière l’AP-HP : une lettre émanant du directeur du projet de CHU a été lue aux salariéEs de l’usine, dans laquelle ce responsable de l’AP-HP explique que le terrain de PSA a été choisi pour construire son grand hôpital.

Cette annonce a été ressentie par les salariéEs comme un coup très dur, même si ils et elles s’y attendaient. Le lendemain, une ambiance de plomb régnait dans l’usine, personne ne travaillait, et le syndicat patronal, le SIA (Syndicat indépendant de l’automobile) avait fait venir son délégué central, qui parcourait les ateliers en expliquant qu’il est normal qu’une entreprise naisse, se développe... et meure ! La CGT a fait venir de son côté son délégué central, Jean-Pierre Mercier, et a réuni une trentaine de salariéEs. L’intervention de Mercier a été appréciée, sur l’expérience de la fermeture d’Aulnay, et les revendications à formuler ensemble, indépendamment des boutiques syndicales, pour le prochain CCE (comité central d’entreprise) le 21 novembre, où sera discuté la fermeture. Certains salariéEs de Saint-Ouen ont connu la grève d’Aulnay et savent qu’il faudra se mobiliser pour que personne ne reste sur le carreau. Au vu des profits colossaux réalisés ces dernières années, PSA a les moyens de payer et ne pourra pas refaire aux salariéEs le coup de la « crise automobile », utilisée au moment de la fermeture de l’usine d’Aulnay-sous-bois.

Correspondant

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