Privatisations : Ouverture de la braderie

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Le gouvernement veut vendre pour 10 milliards d’euros de participations qu’il détient dans de grandes entreprises. Les rapaces capitalistes sont à l’affût.

Cette nouvelle vague de privatisations est justifiée par le gouvernement par la volonté d’abonder un fonds de 10 milliards d’euros pour l’innovation. 

Engie a ouvert le bal

Les déclarations gouvernementales datent du début du mois. Dès le 5 septembre, 4,5 % du capital d’Engie étaient cédés pour un montant d’1,5 milliard d’euros. Engie est issu de la fusion, en juillet 2008, entre Gaz de France (GDF) et Suez (privé). C’est un des plus importants acteurs européens en matière de gaz et d’électricité. 

Après cette nouvelle opération (en janvier, l’État avait déjà cédé 4,1 % du capital), l’État détient désormais 24,1 % du capital d’Engie et 27,6 % des droits de vote. Pourtant, la loi l’oblige à détenir au moins un tiers des droits de vote ou du capital d’Engie : à cela, le gouvernement répond que, d’ici à avril 2018, grâce la « loi Florange », l’État bénéficiera de nouveaux droits de vote double qui lui permettront de franchir à nouveau ce seuil d’un tiers des droits de vote. Les syndicats de l’entreprise ont à juste titre dénoncé l’opération gouvernementale : l’énergie est livrée au capital privé, animé seulement par la recherche du profit à court terme, à un moment où on ne cesse de parler de transition énergétique.

La FDJ

La suivante sur la liste pourrait être la Française des jeux (FDJ), détenue à 72 % par l’État. Elle a rapporté à celui-ci 3 milliards d’euros en 2015 grâce aux dividendes et à la part de 34,8 % prélevée sur la vente des tickets de Loto et des jeux à gratter. Sarkozy avait dérégulé le secteur des jeux et brisé le monopole de la FDJ, mais sans privatiser celle-ci. Cela avait permis à divers groupes financiers plus ou moins « propres » de se lancer sur un marché juteux. La privatisation de la FDJ élargirait leur horizon, d’autant qu’ils feront tout pour essayer de gagner des joueurs supplémentaires, notamment du côté de celles et ceux qui, en situation de misère ou de précarité extrême, peuvent être bercés d’espoirs illusoires de gains mirobolants.

Orange et ADP (Aéroports de Paris)

L’État est le premier actionnaire d’Orange avec 23 % des parts – détenues avec la Banque publique d’investissement (Bpifrance) –, valorisées à 5 milliards d’euros. Plusieurs grands groupes sont intéressés. Bolloré et Bouygues, notamment, lorgnent depuis longtemps sur l’opérateur historique.

Les aéroports de Toulouse, Lyon et Nice ont déjà été privatisés, ce pourrait être le tour des aéroports de Paris (Roissy, Orly et Le Bourget) : les 50,63 % détenus par l’État pourraient rapporter plus de 7 milliards d’euros. La vente en 2014 de l’aéroport toulousain à un groupe chinois s’est faite avec des modalités suspectes mais avec la caution du ministre des Finances de l’époque, un certain Macron... Le gouvernement semble chercher un grand groupe français. Le nom de Vinci, déjà propriétaire de 8 % d’ADP, est évoqué.

On ne peut pas exclure que d’autres projets soient dans les tuyaux, comme la vente d’une nouvelle partie du capital de Renault ou des cessions dans le secteur de l’armement. Et pourquoi pas des projets comme une privatisation partielle de La Poste, qui est actuellement contrôlée à 100 % par des actionnaires publics, ou même de la SNCF ?

Les arguments du gouvernement ne tiennent pas 

Pour soutenir l’innovation, il existe déjà plusieurs instruments : crédit impôt recherche, BPI (Banque publique d’investissement). Les résultats ne sont pas au rendez-vous et le déficit extérieur de l’industrie ne cesse de s’accroître. Distribuer de l’argent sans contrepartie aux entreprises ne sert à rien : ces privatisations ne visent qu’à élargir les champs d’action des grands groupes capitalistes et à compenser le manque à gagner pour le budget des cadeaux fiscaux aux entreprises et aux riches (baisse de l’impôt sur les sociétés, rabotage de l’impôt sur la fortune).

Dans la France de 2017, les entreprises à participation d’État ne sont certes en rien un idéal : le libéralisme a perverti leur gestion tant économique que sociale. Certaines fonctionnent depuis des années comme les autres entreprises capitalistes, à l’instar par exemple de Renault dont l’État détient toujours près de 20 % du capital. Quant aux services publics où l’État reste ultra-majoritaire, ils respectent de moins en moins les principes mêmes du service public (égalité d’accès des citoyens et de péréquation des tarifs). Avec la fermeture des lignes « secondaires » ou la multiplicité obscure des tarifs, comment dire par exemple que la SNCF répond toujours à l’obligation de péréquation des tarifs (visant à compenser les écarts entre territoires) ? Il en est de même pour La Poste avec les fermetures de bureaux. Qui plus est, ces entreprises n’hésitent pas à multiplier les emplois précaires et à réprimer les syndicalistes combatifs. 

C’est l’inverse qu’il faut défendre : de véritables services publics, sans objectif de « rentabilité » ou de « productivité », sous contrôle des salariéEs et des usagerEs.

Henri Wilno

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