P. Poutou : « Pour eux, ce qui compte, c’est seulement la machine à profits des capitalistes »

Autant de dévouements et de gesticulations pour que le travail reprenne partout, ça en devient presque touchant. Hier les ministres du travail (Pénnicaud) et de l’économie (Le Maire) étaient en première ligne et ont défilé dans les chantiers qui reprenaient sur Paris. L’une s’est émerveillée « ah ça fait du bien de revoir un chantier ! » et l’autre plus solennel « merci d’être au travail, c’est très important pour le pays ».

Ben voyons, le travail c’est tellement mieux quand ce sont les autres qui le font et surtout quand ce sont les autres qui s’y abiment la santé ou, comme dans le cas présent de l’épidémie, qui y risquent leur vie. 

On peut sourire un moment tant ces gens peuvent être ridicules. Mais juste un moment car on sent bien la machine qui est bien en place, prête à repartir à fond pour broyer un peu plus les droits au travail. Pour eux, seul le travail compte, les droits au travail ou les droits sociaux, ils s’en moquent et même il les déglinguent quand ça dérange et perturbe la reprise.
 
Et à ce propos, ces deux ministres se sont illustrés récemment. D’abord Pennicaud, la spécialiste du travail. Son ministère a quand même osé suspendre pendant le confinement un inspecteur du travail qui exigeait d’une entreprise le respect des règles de protection pour les salarié.e.s. Il faut préciser que la protection des travailleurs, que faire respecter le droit, c’est son travail. Par contre quand l’inspection du travail donne l’autorisation de licencier 800 ouvrier.e.s à Ford Blanquefort, oubliant de constater l’absence de motif économique valable, dans ce cas, pas de suspension, pas de plainte, c’est la vie normale. Il y avait moins d’obsession à défendre le travail et la reprise de l’activité. C’était juste avant la crise sanitaire.
 
Et puis il y a Le Maire qui vient de critiquer la justice. Il «regrette la mauvaise décision des juges» celle qui condamne Renault à ne pas relancer la production tant que tous les risques pour la santé des travailleurs ne seront pas identifiés correctement. Tiens, là encore, visiblement, un tribunal fait son travail suite à la plainte de la Cgt Sandouville, constatant un non respect du droit et qui logiquement en conséquence impose de revoir le plan de redémarrage. Et bien, voyez-vous, cela a énervé ce ministre si pressé de voir l’usine tourner. Mais le même ministre était bizarrement moins préoccupé par l’activité de l’usine Ford Blanquefort, quand il y a à peine quelques mois, il n’avait pas trouvé les mots pour «regretter» la très «mauvaise décision» du tribunal de Bordeaux qui avait refusé de juger (se déclarant scandaleusement incompétent) l’illégitimité des licenciements et de la fermeture de l’usine. On attend encore ses «regrets».
 
Mais ça c’était avant, à l’époque où Pennicaud et Le Maire et tous les autres étaient moins chauds pour s’émerveiller devant une usine qui tourne ou un magasin ouvert. Le maintien de l’activité et des emplois dans de nombreuses entreprises (Carrefour, Bic, ACC ...), c’était clairement moins leur souci.
 
Des exemples il y en a des tas. Ils révèlent le cynisme de ces gens-là, leurs mensonges, leurs incompétences aussi. Pour eux, ce n’est pas le travail ou l’activité économique en soi qui compte, c’est seulement la machine à profits des capitalistes. Le travail oui mais quand ça arrangent les patrons. L’activité économique oui mais pour faire et produire ce qui leur rapporte, peu importe d’abimer des gens. 
 
À l’inverse, pour nous, ce qui compte c’est le travail utile et dans le respect de la santé de toutes et tous. C’est le respect de nos droits avant tout, des conditions de travail, des temps de repos, des salaires décents... Et puis c’est le travail utile pour la société, pour la population, fabriquer des masques, construire des hôpitaux, rénover des logements pour les sans-abris, soigner des gens malades...
Et tant qu’on est à parler utilité sociale, on pourrait mettre au travail tous ces obsédés du travail, ces ministres, ces ultra-libéraux, le Medef compris, ces commentateurs télé qui nous expliquent qu’il faut vite revenir au boulot. Comme ça ils se fatigueraient sainement à l’effort et seraient forcés de se taire. Et nous devrions moins n’entendre les absurdités sur «l’amour du travail».

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