Mépris colonial à La Poste, après le suicide d'un facteur à Saint-Martin

Le 8 juin, le corps de Dicky Lisca, était retrouvé sans vie. Ce postier de 34 ans s'était donné la mort pendant le week-end. Il était en arrêt de travail, à cause d'une sanction disciplinaire prononcée contre lui. Ce drame est symptomatique de la situation à La Poste de Saint-Martin.

Les conditions de travail dégradées et les pratiques, courantes dans l'entreprise, de management par le stress, se doublent d'un mépris colonial qui dépasse d'ailleurs le cadre postal. Il n'y a qu'à observer, pour s'en convaincre, le fait que nombre d'habitantEs, qui ont perdu leur habitation quand l'ouragan Irma a dévasté l'île en 2017, n'ont toujours pas de logement digne de ce nom.

Mépris des dirigeants

L'attitude, dans cette affaire, des directions tant locale que régionale et nationale reflète ce mépris vis-à-vis des postierEs antillais. Au moment où les agentEs de Saint-Martin apprenaient le suicide de leur collègue, le directeur du bureau de Concordia, où travaillait Dicky, était en déplacement sur l'île de Guadeloupe. Il n'a pas cru bon de faire la moindre communication auprès des agentEs, ne serait-ce que par la voie hiérarchique, alors que, évidemment choqués par la nouvelle, ils et elles étaient rassemblés devant l'établissement (avec usage de leur droit de retrait). Il a fallu attendre deux jours avant que ce monsieur, accompagné du directeur régional, daigne se déplacer. Et encore, ces dirigeants n'ont pas eu un mot en direction des agentEs devant lesquels ils sont passés. Visiblement munis d'œillères en plus de leur masque, ils sont entrés dans le bureau sans s'arrêter.

L'attitude de la direction nationale n'est guère meilleure. La fédération Sud PTT a écrit au PDG Philippe Wahl le 15 juin, pour demander une intervention du siège et une rencontre avec les organisations syndicales sur place. À l'heure où ces lignes sont écrites, c'est toujours le silence total.

Une expertise a été votée par le CHSCT. C'est une première étape nécessaire, pour faire la lumière sur le suicide de ce jeune collègue, et mettre fin à cette politique insupportable de clientélisme, de paternalisme et de violence patronale. La pression des postierEs de Saint-Martin et de toute la Guadeloupe pèsera évidemment dans la balance.

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