MC Syncro (78) : Six semaines de grève pour l’embauche des intérimaires

Entretien. La longue grève des salariés de MC Syncro à Chanteloup-les-Vignes (78), sous-traitant de PSA Poissy, en lutte depuis 6 semaines pour l’embauche des intérimaires, s’est achevée ce vendredi 13 janvier, après que la justice de classe a débouté pour la troisième fois les grévistes. Ces derniers accusaient MC Syncro d’employer des « travailleurs détachés » venus de toute l’Europe pour casser leur mouvement. Ils espéraient rendre leur grève suffisamment efficace pour paralyser la production à PSA Poissy. Par son existence même, mais aussi pour les dépenses extravagantes engagées par la direction pour casser la grève, le mouvement est une grande claque pour MC Syncro, qui a dû céder une prime de 300 euros à l’ensemble de ses salariés et garantir un emploi pour 6 mois à 9 intérimaires, alors que ceux d’entre eux qui avaient fait grève avaient été instantanément mis à la porte. Pour ce qui est des grévistes, malgré l’amertume laissée par la reprise du travail sans complète satisfaction de leurs revendications, la solidarité et la confiance dans leurs propres forces acquises par le mouvement sont immenses. L’unité des travailleurs en CDI et des intérimaires en fait une grève exemplaire contre la précarité, qui devrait en inspirer de nombreuses autres. Pour revenir sur tous ces aspects, nous avons interviewé Ansoumane Dramé, délégué CGT.

Peux-tu nous rappeler quel a été le point de départ de votre lutte ?

Ça a été les négociations annuelles obligatoires (NAO) des salaires. Elles se sont finies le 24 novembre, et on a obtenu 3 % d’augmentation et 300 euros de prime. Donc ce n’était pas assez par rapport à nos revendications. MC Syncro verse aujourd’hui 10,2 millions d’euros à ses actionnaires. Avec des bénéfices pareils, le minimum c’est qu’on ait des salaires décents. Moi-même, j’ai été embauché suite à notre grève de 2010. Avant j’ai été intérimaire pendant 5 ans, en faisant des va-et-vient chez MC Syncro. Mais même avec 6 ans d’ancienneté en CDI, mon salaire brut plafonne à 1 558 euros, ce qui est vraiment très peu.

On s’est battu en premier lieu pour l’embauche des intérimaires, qui sont permanents chez nous. Ils ont du travail pour 18 mois, et après se retrouvent sans boulot. Les intérimaires ont une vie familiale aussi, il leur faut un emploi stable, ils doivent être embauchés.

Les grèves d’intérimaires, c’est très rare. Comment le mouvement est-il parti ?

Il est parti des salariés en CDI. En tant que délégué syndical CGT, depuis 3-4 ans, je négocie pour qu’ils soient embauchés, mais la direction ne veut pas. Donc je leur ai dit que la seule chose qu’on peut faire, c’est d’obtenir les embauches par la force, par un mouvement collectif. J’ai dit la même chose aux salariés en CDI : « on a des intérimaires qui travaillent avec nous depuis des mois, ce n’est plus possible que ça dure, il faut qu’on se mette en grève ensemble, intérimaires et CDI ». Ça fait depuis le mois de juin que l’on travaillait à mettre en place ce mouvement. Ce n’est pas parce qu’on est intérimaire qu’on ne peut pas faire grève.

MC Syncro a tout fait pour que PSA Poissy ne soit pas impactée par la grève. C’est ce qui vous a manqué pour gagner ?

Oui parce qu’on monte les roues pour PSA Poissy, on assemble les pneus sur les jantes. Donc si on arrête les livraisons, on arrête la production à PSA, ce qui leur coûte 2 300 euros à la minute ! Donc la direction a envoyé des travailleurs détachés de différents pays d’Europe pour faire notre boulot, ce qui est une atteinte au droit de grève. On a déposé une requête au tribunal pour faire condamner l’entreprise. Mais à trois reprises, le tribunal a rejeté notre requête. Pour nous, c’est incompréhensible. Même Bernard Thibault, quand il est venu nous voir, était persuadé qu’on allait gagner.

Six semaines de grève, à tenir un piquet jour et nuit, c’est une petite victoire en soi... Quels sont les acquis de votre lutte ?

Notre grève va peser dans les futures négociations, en cela c’est une petite victoire. La direction a dépensé plus de 700 000 euros avec notre grève. C’est énorme par rapport à nos revendications, qui leur auraient coûté environ 150 000 euros par an. Ils savent que s’ils cèdent avec nous, ça peut entraîner des grèves chez PSA, Renault... Notre victoire dans ce mouvement, c’est d’avoir réussi à nous mobiliser pendant plus d’un mois. On a repris le travail la tête haute parce que la direction a compris qu’on était déterminés et que demain, on est capable de se remettre en grève pendant un mois, deux mois s’il le faut !

On a appris beaucoup. Avant, on n’était pas vraiment solidaires, il y avait des divisions entre nous. Là, pendant 6 semaines, on a voté et pris des décisions collectivement, donc ça nous a renforcés. La direction n’aime pas ça, c’est bien pour ça qu’ils ont tout fait pour casser le mouvement : ils ont parlé avec chacun des grévistes pour nous diviser, mais ça n’a pas marché.

Comment envisagez-vous la suite ?

On ne va pas s’arrêter là. On va poursuivre MC Syncro aux prud’hommes et réclamer des dommages et intérêts. Et puis on va mettre la pression sur l’inspection du travail, parce que ce n’est pas légal d’avoir des intérimaires en poste pendant un an, un an et demi… il faut forcer MC Syncro à les embaucher en CDI. On a perdu une bataille, mais pas la guerre !

Propos recueillis par Flora Carpentier et Dam Morrison

 

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