Lubrizol : contre le crime industriel, la mobilisation ne fait que commencer

Samedi dernier a eu lieu à Rouen une troisième manifestation à l’appel d’un large collectif d’organisations constitué dans les jours qui ont suivi l’incendie survenu le 26 septembre à Lubrizol, usine classée « Seveso-haut » située à quelques encablures du centre-ville.

Après la manifestation du mardi 8 octobre (1 700 personnes), ce sont à nouveau 1 500 personnes qui ont crié leur colère dans les rues de la ville. Et ceci au lendemain d’une énième opération d’enfumage menée par les autorités publiques : l’installation en grande pompe d’un « comité de suivi pour la transparence et le dialogue » en présence de trois ministres... mais qui n’a de transparent que le nom puisque l’entrée a été refusée aux représentants du collectif unitaire. La CGT, qui y était conviée, avait du coup décidé de boycotter la réunion en communiquant sur le fait qu’aucune information n’avait été donnée aux composantes de ce comité ni sur ses attributions, ni sur ses champs d’intervention, ni même sur sa composition précise, le rythme de ses réunions et la durée même approximative de sa mission...

Exiger la vérité et faire payer Lubrizol

C’est dans la foulée d’une première manifestation, dominée par l’émotion et l’exigence de vérité et qui avait rassemblé près de 5 000 personnes le mardi 1er octobre, qu’un collectif large s’est réuni pour la première fois dans les locaux de l’Union départementale CGT. C’est elle en effet qui a été à l’initiative du regroupement de toutes les forces désireuses de construire la mobilisation la plus large possible face à ce qui s’avère être un crime industriel de grande ampleur. C’est autour d’une plateforme revendicative déjà très élaborée que le collectif se renforce de jour en jour. Il exige notamment la transparence la plus complète sur les causes et les conséquences de l’incendie avec la mise en place d’une commission indépendante du préfet et de Lubrizol, le droit à un suivi médical complet et gratuit de touTEs les salariéEs et habitantEs exposés et l’indemnisation des victimes. Selon le principe « pollueur-payeur » c’est à Lubrizol et à son propriétaire, le capitaliste milliardaire Warren Buffet, de payer !

Il faut noter que, contrairement à ce qui n’avait pas été possible après l’explosion de l’usine AZF à Toulouse en 2001, le collectif a regroupé, dès le départ, des organisations syndicales (CGT, Solidaires, FSU, FO, Confédération paysanne, Syndicat des avocats de France, Syndicat de la médecine générale), des organisations de défense de l’environnement, militant sur le terrain de l’écologie (Alternatiba, France nature environnement, Greenpeace,...), la LDH, Attac, le Front social, des associations de victimes de l’amiante (Addeva, Andeva, Henri-Pézerat), des partis politiques (PCF, LFI, EÉLV, GDS, GR, UCL, Ensemble, NPA), des collectifs de Gilets jaunes et citoyens...

C’est une tâche d’ampleur et de longue haleine qui attend ce collectif, avec une nouvelle initiative le 17 octobre, un meeting avec des « experts » issus du monde scientifique et/ou militant, capables d’apporter le maximum de réponses à la population. Mais le but est aussi d’affirmer la nécessaire construction d’un rapport de forces en faisant de ce collectif non pas un simple cartel d’organisations mais une véritable structure d’auto-organisation la plus massive possible de toutes celles et ceux qui ne veulent « plus jamais ça » !

Marie-Hélène Duverger

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