L’exploitation en roue libre chez Frichti

LD

Pendant le confinement, les affaires ont continué – et même décollé – pour les plateformes de livraison de repas, la santé et la sécurité de leurs livreurEs passant au second plan. Parmi elles, Frichti, fondée en 2015 par un couple de startupeurs français, qui se retrouve au devant de la scène de par ses pratiques : exploitation de travailleurs sans-papiers et ubérisés.

Une enquête du journal Libération, parue le 1er juin, a joué le rôle de détonateur : en effet, un premier livreur, qui travaillait pour un sous-traitant de la plateforme, a rompu la loi du silence en révélant qu’il n’était plus payé depuis plusieurs semaines, une précarité accentuée par le fait d’être dépourvu de papiers.
Suite à ces révélations, la société feint de découvrir cette situation et décide de mettre fin à sa collaboration avec les livreurs qui ne peuvent lui présenter un passeport, une carte d’identité ou un titre de séjour en cours de validité, ce qui aboutit à la « fin de la collaboration » avec plus de 200 d’entre eux, soit la moitié de sa flotte. Or ces derniers, le plus souvent d’origine africaine, ont été recrutés, parfois depuis plusieurs années, directement par la plateforme après s’être immatriculés comme auto-entrepreneurs…

Un conflit inédit

Privés de toute ressource, ils se font alors entendre, chaque fois davantage plus nombreux, en organisant plusieurs rassemblements devant les hubs parisiens de la plateforme avec l’aide du CLAP, le collectif des livreurs parisiens. Suite au rassemblement, massif, organisé le 8 juin dernier devant les locaux parisiens de l’entreprise, des discussions ont débuté entre la société et les représentants désignés par eux, épaulés par la CGT, au sujet de leur régularisation.
Or il faudrait, en l’état actuel de la législation, que Frichti s’engage à les reconnaître comme salariés, c’est-à-dire une rupture avec son business model qui repose, tout comme ses concurrents, sur l’exploitation de livreurEs prétendument indépendants. Leur mobilisation inédite ne peut être séparée de celle des autres travailleurEs sans-papiers qui, après la réussite de la manifestation parisienne du 30 mai dernier, seront à nouveau dans la rue le 20 juin prochain, mais aussi du débat en cours sur la situation des travailleurs des plateformes qui doit déboucher, à la demande du Premier ministre et sous la pression de récentes décisions de justice (voir l’Anticapitaliste n°526), sur la mise en place d’un statut spécifique à cette activité.

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