Les postiers et postières de Tulle ont gagné

Les facteurs et factrices ont gagné. Ils ont obligé la direction de la poste à signer un accord proche de leurs revendications initiales. Soutenus par leurs syndicats CGT et SUD, majoritaires aux élections professionnelles locales, ils ont pourtant subi un acharnement jamais vu des petits chefs locaux mandatés par leur direction nationale.

Il leur fallait « faire un exemple », imposer, ici à Tulle, une réorganisation qui en annonce d’autres. Il leur fallait casser le moral des facteurs et factrices. Pour cela, pendant cinq semaines, la direction a menti sur le pourcentage de grévistes. Largement plus de 50%. Elle a menacé, méprisé, agressé verbalement, payé un huissier pour fliquer les grévistes et leurs soutiens, demandé l’évacuation par la police du piquet d’usagers et de militants, puis finalement payé des vigiles privés.

Un combat difficile

Elle a monté en toute illégalité des centres de tri clandestins, fait venir des « volants » depuis Bordeaux, fait embaucher illégalement les non grévistes hors de leurs lieux de travail réglementaires. Malgré tous ses efforts, la direction a dû céder et le préfet a prudemment refusé de mettre en œuvre la décision de justice d’évacuation du piquet.

Cette victoire, les facteurs et factrices ne la doivent pas à la timide tentative de médiation de l’ex président Hollande qui les a reçus. Dès que le conflit s’est durci il nous a bien dit sur le marché qu’il fallait « en sortir », quitte à en rabattre sur les revendications et les formes de lutte. Que pouvait on attendre de celui qui a organisé la casse du Code du travail et enclenché le cycle répressif que nous vivons aujourd’hui dans les rues ?

Leur victoire, les facteurs et factrices la doivent à leur courage, au soutien des dizaines d’usagers, de gilets jaunes et de militants chaque matin dès 6h00, au 2000 signatures de soutien d’usagers excédés par l’acharnement de La Poste et à une caisse de solidarité de plusieurs milliers d’€uros.

Mais un combat payant

La grève a été menée unitairement avec AG quotidienne. CFDT et FO avaient déjà signé la réorganisation et une partie des réorganisations prévues avaient été acceptée part tous avant le début le conflit. L’accord signé acte la suppression de plusieurs tournées, mais le report d'autres, la création d’une nouvelle tournée, l’abandon d’éventuelles sanctions, le paiement de quelques jours de grève et l’embauche de deux CDI. Il est donc proche des revendications initiales.

Les grévistes ont été d’autant plus déterminés qu’il se sont sentis roulés par le fait d’avoir accepté des réorganisations sans contrepartie. C’est donc une majorité de « statutaires » qui ont tenus pendant 5 semaines sans faillir. Ils étaient soutenus, y compris financièrement, par plusieurs de leurs collègues non grévistes. Seule 6 acharnées sur 45 ont publié une tribune anti grève dans la presse, tandis que certains précaires ont été travaillé sous pression des cadres, les chefs étant assez hargneux.

A noter aussi la solidarité extérieure, 2000 signatures et une belle caisse de grève. Solidaires et la CGT 19 ont soutenu au quotidien les grévistes.

Bravo. Cette grève restera un exemple pour celles et ceux qui refusent de se coucher et qui veulent prendre leurs affaires en main. Nous pouvons gagner si nous sommes déterminés et unis. Rendez-vous à la rentrée, avec nos gilets jaunes et rouges.

Tulle le 3 août 2019

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