L’envol des suppressions de postes et d’emplois

Avec un taux de chômage officiel aux alentours de 10% et une réalité de plus de 6 millions de personnes recensées sans emploi ou dans des emplois précaires, sous-qualifiés, sous-payés, la question de l’emploi reste au cœur de la situation sociale en France. À la différence de Hollande, Macron n’a pas lié un nouveau mandat présidentiel en 2022 à la baisse du chômage. Cependant la justification de l’ensemble des mesures antisociales de son gouvernement tourne bien autour d’une prétendue volonté de réduire le taux de chômage.

Traditionnellement les campagnes présidentielles sont l’occasion d’une pause dans les déclarations de fermeture de site ou de plan de liquidation d’emplois. De Hollande à Macron, la pause aura été de courte durée. Dès le mois de juin, il ne s’est pas passé une semaine, voire une journée, sans que ne soit annoncé un nouveau plan de licenciements dans le privé, de nouvelles suppressions d’emplois dans le public. Ces longues listes ne font évidemment pas la « Une » de la « grande » presse et des « grands » médias. 

Ce qui frappe d’abord c’est la grande diversité des secteurs concernés. Aux traditionnels plan de « sauvegarde » de l’emploi des industries automobile (PSA, 2 100 suppressions de postes ; fermeture programmée du site de Ford à Blanquefort, 930 emplois liquidés) ou électronique viennent s’ajouter de multiples branches. Quelques exemples parmi les plus importants : le commerce dans sa diversité, avec Castorama (400 suppressions d’emplois dont 125 reclassements proposés), Carrefour (suppression de 2 400 postes dans les sièges du groupe via un plan de départs volontaires, et la sortie du groupe de 273 ex-magasins Dia, qui affecte 2 100 salariéEs), Pimkie (208 suppressions de postes) ; les banques avec 2 135 suppressions de postes à la Société générale d’ici 2022 et 850 à LCL d’ici fin 2018 ; la sécurité informatique (Galderma à Sophia-Antipolis : 288 suppressions de postes) ; la branche alimentation avec la coopérative agricole Euralis et 313 emplois liquidés, Nestlé (400) ; Airbus (3 700 en Europe dont 370 en France) ; Tupperware, etc. Sans évidemment oublier la suppression programmée de 120 000 postes dans la fonction publique.

Les difficultés de mobilisation

La deuxième chose frappante est la faible visibilité des batailles menées. Nous sommes loin des combats « exemplaires » de Continental, Goodyear, PSA Aulnay, La Redoute, ou plus récemment GM&S. Macron a pu déclarer mardi 13 février devant les journalistes de l’association de la presse présidentielle que les plans sociaux « ne sont pas inquiétants quand ils traduisent des ajustements économiques ». Les profondes modifications du code du travail sur les modalités de mise en œuvre des PSE, les modifications des dispositions sur les licenciements individuels et la généralisation des ruptures conventionnelles (avec l’apparition des ruptures conventionnelles collectives) et des plans de départs « volontaires » ont rendu plus difficiles les batailles sur le plan juridique, institutionnel, entraînant une déstabilisation des équipes syndicales qui utilisaient auparavant les gains de temps possibles pour s’attaquer aux fondements économiques ou pseudo économiques des suppressions de postes et des fermetures de sites. Même si, dans les faits, la mise en œuvre du mot d’ordre d’interdiction de tout licenciement est resté le plus souvent très propagandiste, ce dernier fournissait un socle dans la mise en évidence de l’illégitimité des suppressions d’emplois, permettant de construire des mobilisations repoussant les échéances, donnant des garanties, des compensations financières qui permettaient de partir « la tête haute ».

Ne rien lâcher

Les reculs contenus dans les ordonnances « Macron » vont tendre à aggraver les conditions de mobilisation. Même si les ruptures conventionnelles collectives sont plus ou moins refusées par des organisations syndicales, elles risquent fort de constituer dans les prochains mois le cadre « idéologique » des batailles pour la préservation de l’emploi. Les réformes dans les tuyaux du « dialogue social » (formation professionnelle, apprentissage, assurance chômage) vont dans le même sens : une « flexisécurité à la française », c’est-à-dire sans sécurité. Sans sécurité car la réduction drastique des moyens des institutions représentatives du personnel (IRP) supprime une grande partie des moyens d’information, de mobilisation des salariéEs. Alors que la pénibilité du travail et le report de l’âge de la retraite incitent de nombreux salariéEs à accepter des départs négociés.

C’est dans ce contexte que les mobilisations doivent se construire. Les équipes réellement engagées dans la défense des emplois doivent s’atteler à tisser des liens locaux autour notamment de la question des emplois induits, dans les branches qui sont souvent touchées avec des rythmes différents. Intersyndicales, comités de soutien, collectifs unitaires peuvent cohabiter et se conforter pour donner une visibilité à la résistance des salariéEs, mettre en difficulté les directions d’entreprises, de groupes, les donneurs d’ordre. Tout en mettant plus que jamais en avant les mots d’ordre d’interdiction de tous les licenciements et de réduction du temps de travail. 

Robert Pelletier 

 

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