La SNCF veut sacrifier les cheminotEs

Les cheminots ont subi l’épidémie de plein fouet, avec un taux de contamination très supérieur à la moyenne. Nous avons déjà payé un lourd tribut à la crise sanitaire et voilà qu’on nous présente la note de la crise économique qui commence.

Les pertes liées à la crise, le patronat n’a pas l’intention de les faire peser sur ses dividendes. Le vice président du Medef a prévenu dans une interview à BFM TV : « Les salariés devront travailler plus pour rattraper ce qu’il s’est passé ! » Mais ce qu’il s’est « passé » n’est pas de notre fait. C’est au contraire la recherche du profit à tout prix qui a mis les hôpitaux à genoux et conduit à liquider les stocks de masques.

Le gouvernement s’est mis au service de ces appétits patronaux. Dès le début du confinement, sa loi d’urgence sanitaire a imposé de multiples dérogations au code du travail, remis en cause les 35 heures, permis l’imposition de jours de congés aux salariés.

La direction de la SNCF a bien sûr sauté sur l’occasion. En avril, elle a volé cinq repos à chaque cheminot. Comme si le confinement c’était des vacances ! Comme si la perte des EVS pendant le confinement ou cinq années de gel de salaire, ça n’était pas suffisant. Ces repos posés de force, ce sont des jours de salaire en moins, qu’ils ont le culot d’appeler « jours de solidarité ». Mais de qui faudrait-il être solidaires ? Du patron et de ses profits. Et ce n’est qu’une mise en bouche. Pour le mois de mai, un sixième jour est déjà exigé.

L’emploi comme variable d’ajustement

En plus des attaques contre nos rémunérations, arrivent les menaces sur l’emploi, par la bouche de Farandou en personne. Le 2 mai, il déclarait à France Inter : « si la reprise est lente [...], il ne sera pas anormal et illogique d’ajuster le niveau d’emploi au volume d’activité. » En effet, quoi de plus logique pour un patron que de faire payer les travailleurs quand il perd de l’argent ?

Quoi qu’en dise Farandou, la SNCF n’a pas attendu la reprise. Pendant le confinement, de nombreux contrats précaires n’ont pas été renouvelés, ou alors à temps partiel, de nombreux contrats de sous-traitance ont été suspendus. Encore une fois, ce sont les cheminots de droit privé qui subissent les dégâts les premiers.

Mais ils ne s’arrêteront pas là. La SNCF n’a jamais eu besoin de pandémie pour supprimer des postes. Plusieurs milliers disparaissent chaque année, avec pour conséquence l’augmentation des cadences de tous ceux qui restent. La seule nouveauté en l’occurrence, c’est le prétexte.

Dans son interview, Farandou brosse le portrait d’une SNCF ébranlée par la violence du « choc économique ». Mais les 2 milliards de pertes sur lesquels la direction voudrait nous faire pleurer sont à mettre en rapport avec ses plus 35 milliards de chiffre d’affaire. Pendant le confinement, les régions ont maintenu leurs subventions à des TER qui pour la plupart ne roulaient pas.

L’État a pris en charge le salaire de 100 000 cheminots placés en chômage partiel et si la SNCF a complété un peu, elle a refusé de maintenir les primes, qui représentent beaucoup pour certains métiers. Alors ceux qui ont subi un « choc économique », c’est plutôt les cheminots.

Mais il n’y a aucune raison d’accepter ces sacrifices. Nous ne leur devons rien, ce sont eux qui nous sont redevables. Pendant le confinement, c’est nous qui avons fait rouler les trains sanitaires et les fret vitaux, sans masques, sans désinfections, dans des conditions qui nous surexposaient au virus. Ce ne sont pas nos patrons qui ont permis à la vie de continuer.

Alors si en plus de la crise sanitaire, nous ne voulons pas payer pour leur crise économique, il va falloir nous retrousser les manches. Dans le ferroviaire comme ailleurs, le patronat se met en ordre de bataille pour imposer son « monde d’après ». A nous d’être à la hauteur pour y répondre collectivement et proposer notre monde. Voilà un certain nombre d’années que nous manifestons au nom de l’ « honneur des travailleurs et d’un monde meilleur ! »

 

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