La grève s’enracine à la SNCF

Nous assistons en ce moment à un mouvement de fond à la SNCF. Rares sont les cheminotEs qui n’ont pas encore protesté contre le « Pacte ferroviaire ». Depuis le 3 avril, la grève – deux jours de grèves/trois jours de travail – suit le planning de l’intersyndicale.

Le mouvement en cours se traduit par une mobilisation forte, mais inégale. À l’heure actuelle, il s’agit d’une sorte de « grève tournante ». Par exemple, certainEs ont fait grève le 22 mars mais pas les 3 et 4 avril. Le dimanche 8 avril, des cheminotEs ont fait grève pour rester en famille mais sont venus travailler le lundi, d’autres sont venus bosser le dimanche pour ne pas perdre trop de primes mais ne sont pas venus travailler le lendemain… En fonction de certains services, on a pu constater des taux de grévistes faibles le 3 avril, mais forts le 4. Et dans d’autres services, le contraire… CertainEs ont même finit par se joindre au mouvement « seulement » le 9 avril, venant prendre le relais de celles et ceux qui ont, pour l’instant, repris le boulot.
Dans les secteurs en pointe, comme chez les conducteurEs et les contrôleurEs, les taux de grévistes sont forts en permanence, bien au-delà de 70%. 
D’un point de vue général, on sent une détermination sur le long terme mais cette grève « à la carte » laisse peu de temps aux grévistes pour s’organiser au quotidien, laissant de fait les mains libres aux directions syndicales pour décider du mouvement.

Un œil sur ce qui se passe ailleurs
Dans les AG et dans les discussions, on a rarement autant échangé sur ce qui se passe en dehors de la SNCF. Chaque mobilisation (étudiantEs, Carrefour, EHPAD, etc…), ou encore le succès des différentes caisses de grève, l’accueil chaleureux lors des visites à d’autres entreprises, les opérations péages gratuits, etc…  sont largement commentés. Cela reflète la compréhension juste que les cheminotEs ne sont pas seulEs face à Macron et que l’enjeu dépasse largement la SNCF. Bref, qu’un « touTEs ensemble » est nécessaire. Mais paradoxalement, cela entraine une forme d’attentisme :  « Attendons de voir ce que les autres secteurs sont prêts à faire avant de se lancer pour de bon. » Il y a également une volonté de garder l’unité. Pas forcément celle des appareils syndicaux, mais l’unité des cheminotEs dans la grève. En gros : « Il serait dommage, alors que nous sommes relativement seulEs, de commencer à nous diviser, notamment sur les modalités de la grève. »

Direction SNCF et gouvernement main dans la main
Il faut également faire face au travail de sape de la direction de la SNCF. Celle-ci communique énormément sur les retenues sur salaire, notamment des repos qui seront comptabilisés dans le calcul des jours de grève. Cela amène à des discussions interminables. ChacunE, déléguéEs compris, ayant un avis diffèrent : les textes sont suffisamment oiseux pour que personne ne s’y retrouve. De fait cette atteinte au droit de grève parasite les discussions. Pendant ce temps on ne parle plus du pacte ferroviaire ou de la politique du gouvernement.
La direction de la SNCF a également décidé de faire rouler les trains coûte que coûte. Sur Paris Lyon, on a pu voir des images de rames bondées avec des voyageurs passant par les fenêtres, de gens sur les voies. Cela va à l’encontre des règles les plus élémentaires de sécurité ferroviaire, et a choqué de nombreux cheminots. Ceci montre jusqu’où la direction est prête à aller pour saboter cette grève.

Préavis de grèves reconductibles
Jusqu’à présent, le calendrier proposé par l’intersyndicale est globalement validé par les assemblées générales. Mais force est de constater que celui-ci est calqué sur celui de négociations avec un gouvernement… qui ne négocie pas ! Et de toute façon, comme il n’y a rien d’autre à négocier que le retrait du pacte ferroviaire, ce calendrier de grèves – qui va jusqu’en juin – commence à être remis de plus en plus en question. 
Plusieurs AG, notamment en Île-de-France, se sont prononcées pour des préavis de grèves reconductibles. Ailleurs on discute de partir en reconductible à partir de la journée de mobilisation interprofessionnelle du 19 avril… Ce sera de toute façon inévitable d’en passer par là pour obtenir le retrait du pacte ferroviaire.
Mais si dans l’ensemble, la grève s’enracine, il n’y a pas encore de forte poussée de la base pour passer à la vitesse supérieure. Cela reste pourtant un enjeu important et les choses peuvent évoluer très vite. Notamment au vu de la situation générale qui connait un regain de contestation ces derniers jours. 

Ali Jonas

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