La direction de La Poste tente de reprendre la main sur le dos des personnels et des usagerEs

Les mobilisations de postierEs sur tout le territoire (droits de retrait massifs) et l’assignation en justice de la fédération SUD PTT avaient forcé l’entreprise à prendre certaines mesures, dont la diminution du temps de travail, à trois jours, à la distribution (du mercredi au vendredi)1.

Après une campagne organisée par les multinationales de la presse, en parfait raccord avec la Caisse des dépôts et consignations et le gouvernement, La Poste annonçait la distribution des quotidiens lundi-mardi pour le lundi 6 avril, par le « renfort » de 3 000 précaires (CDD, intérim) de sa filiale Mediapost (où la moyenne d’âge avoisine les 57 ans  !) « pour augmenter progressivement le nombre de jours de distribution de la presse quotidienne, des colis et des courriers »2. Cette annonce a choqué les collègues : d’une part, c’était envoyer « au front » des précaires avec peu ou pas de moyens de protection, d’autre part c’était une remise en cause des quelques mesures prises récemment.

Remise en cause des trois jours de travail

On sent en effet une volonté de La Poste de reprendre la main. Dans les centres courrier, fortement touchés par un effectif réduit (du fait des droits de retrait, arrêts gardes d’enfants), la notion de titulaire de quartier (un facteur sur une tournée) est suspendue. La polyvalence est imposée aux agentEs restants, avec comme conséquence une exposition accrue au virus (tournée allongée). Annoncer en parallèle la remise en cause des trois jours de travail, alors que l’épidémie est en pleine ascension, est une provocation pour les postierEs.

Faut-il préciser que depuis le début de cette crise sanitaire, La Poste s’est illustrée par le peu de protection « octroyée » aux personnels (les exemples abondent sur les réseaux sociaux) et l’absence de gel, gants, masques... Pourtant, on apprend que l’entreprise stockait plus de 24 millions de masques !3 Les désinfections des locaux (surfaces et outils de travail) obligatoires, ne sont pas ou peu réalisées. Les CHSCT sont ignorés, la répression s’accroit sur les militantEs syndicaux combatifs. Ainsi nombre de représentantEs syndicaux (qui peuvent être détachés du service par le droit syndical) se voient refuser par La Poste les attestations de travail, nécessaires pour se rendre dans les centres.

Depuis le début de l’épidémie, La Poste se distingue par son refus de définir les missions postales vitales à la population, ce qui lui permet de considérer la distribution habituelle comme « essentielle à la vie de la Nation ». Les facteurEs risquent ainsi leur peau, celle de leurs proches et des usagerEs, pour distribuer des pubs, des catalogues, des petits paques Wish, Zalando, FNAC... Le business habituel, en plein pic d’une épidémie mortelle !

Stratégie d’omerta

Malgré les demandes des fédérations syndicales et de nombreux CHSCT, l’entreprise postale refuse toute communication sur la contamination du coronavirus et le nombre de cas avérés touchant des postierEs. Une stratégie d’omerta similaire à celle opérée lors des suicides.

Avec la gestion et les annonces désordonnées dans les bureaux de poste (la majorité des « points de contact » privés sont fermés, 1 000 bureaux ouverts), et l’absence de réelle mesure prise, les postierEs et leurs syndicats s’inquiètent du versement des prestations sociales cette semaine et de son bon déroulement. Ces prestations sont essentielles pour plusieurs millions de personnes modestes, qui risquent de faire les frais de l’irresponsabilité de La Poste.

Mais dans ce contexte difficile, les postierEs ont fait montre d’une réelle combativité, et d’un refus d’être de la simple « chair à virus » pour les profits des actionnaires. À l’initiative des postierEs du 92 et d’autres départements, un appel a été lancé pour regrouper et coordonner ces résistances « contre la politique criminelle de La Poste », au-delà des étiquettes syndicales ou de région. Un meeting est prévu jeudi 9 avril 19 h sur Facebook.4 Car cette crise aura démontré à nombre de collègues, qu’au total, on ne peut compter que sur nos seules mobilisations !

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