La chute de Carlos Ghosn, roi des patrons voyous

Pour touTEs les travailleurEs de Renault, les « aventures » de Carlos Ghosn au Japon prennent une saveur particulière au moment même où les questions du pouvoir d’achat et de l’injustice fiscale sont mises sur le devant de la scène par la mobilisation des « gilets jaunes ».

Carlos Ghosn, le grand ­patron adulé par le monde de Davos, a été pris la main dans le pot de confiture. Il est actuellement en garde à vue près de Tokyo, accusé d’avoir dissimulé la moitié des rémunérations qu’il touchait chez Nissan pendant au moins cinq ans : un « petit » pactole de 35 millions d’euros.

Indécence

Et ce ne serait que le premier étage de la fusée, la presse japonaise parle d’un second étage : 30 millions d’euros supplémentaires disparus en plein vol (c’est le cas de le dire), et en prime l’achat de logements somptuaires aux quatre coins du monde, un remariage très « Ancien Régime » dans un Grand Trianon privatisé pour l’occasion, voire un emploi fictif à 100 000 dollars annuels pour sa sœur. Le tout aux frais de Nissan…

Dans les sites Renault, nous nous souvenons des sorties du PDG pour justifier la « modération salariale » pour touTEs, sauf pour quelques dirigeants (et bien sûr sa divine personne) avec l’argument définitif : « le talent, ça se paie ». Et pour celles et ceux qui avaient peut-être accepté les sacrifices en croyant « aider tous ensemble à sortir Renault de la crise », le réveil est brutal.

Les réactions n’ont pas manqué quand est tombée la communication du nouveau directeur exécutif, Thierry Bolloré, adressée aux salariéEs du Groupe : « En votre nom, nous voulons écrire ici notre total soutien à notre président directeur général ». En notre nom ? Pour qui se prend-il, ce petit Ghosn en puissance ?

Des inquiétudes

Si la colère ne fait pour l’instant que poindre dans les discussions d’ateliers ou de bureaux, c’est qu’une intense propagande médiatique veut faire régner un climat de peur : « S’agit-il d’un coup d’État de Nissan pour reprendre le contrôle de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi ? » ; « Carlos Ghosn est-il victime d’une vengeance japonaise ? » ; « Risque d’une OPA sur Renault : menaces sur l’industrie française », etc.

Premier enseignement : pour les commentateurs économiques, si des capitalistes en dénoncent d’autres pour fraude, c’est qu’il y a anguille sous roche. Sinon, ils ont coutume de couvrir mutuellement leurs méfaits. Jusque-là, nous sommes d’accord !

Mais si cette affaire est à coup sûr symptomatique des luttes de pouvoir que se livrent capitalistes japonais, français mais aussi de bien d’autres pays, une chose est sûre : les travailleurEs n’ont aucune protection à attendre des uns comme des autres. Hommes d’affaires et médias japonais encensaient Carlos Ghosn quand il avait, au début des années 2000, supprimé chez Nissan 20 000 emplois sur 140 000. Ce même Carlos Ghosn a-t-il protégé les salariéEs de Renault en bloquant leurs salaires et en supprimant 10 000 postes en France en 10 ans, en faisant exploser la précarité dans les usines et les centres d’ingénierie ? L’État français, actionnaire de Renault à hauteur de 15 %, a-t-il émis une objection au sujet de ces politiques ? Bien sûr que non.

Ces derniers jours, les discussions vont bon train sur les sites Renault : quelques craintes face aux incertitudes créées par la situation, d’un côté ; mais de l’autre surtout, la colère accumulée depuis des années, notamment sur les salaires.

Correspondant 

 

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