KFC-Besançon en lutte !

Le restaurant KFC de Besançon, franchise de la célèbre marque de poulet made in Kentucky, a connu récemment ses premières batailles collectives.

Le cadre de la loi Travail a été l’un des éléments moteurs et précurseurs, mais ce sont surtout les conditions locales qui ont finalement mis le feu aux poudres. En effet, alors que nous n’étions que quelques-uns dans cette boite d’une quarantaine de salariés à régulièrement nous mobiliser, le mercredi 8 juin fut historique d’ampleur et de conséquences. Si la direction se refuse à communiquer des chiffres précis, il n’en reste pas moins que 75 % de la main-d’œuvre s’est décidée à déserter les rangs et protester. À tel point que, pour ouvrir, il a fallu enrôler des « volontaires » jusqu’à Dole, Belfort et Dijon.

Les causes ? un ras-le-bol général, souvent présent dans la restauration rapide. Heures complémentaires et supplémentaires peu ou pas payées, matériel de base défectueux ou non remplacé, manque de personnel donnant des cadences intenables, et surtout une absence totale de dialogue entre les différentes parties, ont achevé de convaincre les quelques rares réticents rejoignant vite leurs camarades dans ce qui fut pour beaucoup une première. Au même moment, une demande d’élection de délégués du personnel était transmise, avec le soutien de la CGT. Mais la veille déjà, le superviseur, bras droit du PDG- propriétaire, prévenait: il y aura de lourdes conséquences, et me précisait personnellement « devoir trouver un autre taf ».

Il ne mesurait alors pas l’étendue des dégâts et la solidarité qui se mettait en place, et a dû se résigner à un classique «couper la tête pour reprendre le contrôle ». Ainsi, dès le lendemain, considéré comme « le meneur » ayant « établi le désordre », j’étais seul avisé d’une mise à pied du jour de grève jusqu’à un entretien préalable au licenciement le 21 juin suivant. Les supérieurs pensaient sans doute reprendre ainsi tranquillement la main, d’ailleurs une réunion a été lancée par leurs soins afin de « discuter », mais c’était sans compter sur la contre-offensive et la motivation des collègues. Intervention de l’inspecteur du travail, protection en tant que demandeur d’élections et nombreux témoignages ont commencé à faire vaciller les certitudes.

Le jour J où je revois mes employeurs, ceux-ci ne parlent que de la grève et des revendications. Et finissent par évoquer le motif officiel de la procédure : « une affiche posée dans les vestiaires où sont visibles des manifestants “radicaux”, ce qui s’apparente à un appel à la haine anti-policier et à l’émeute, dans un contexte où Daesh a frappé deux officiers à Magnanville (attentat qui avait eu lieu le 13 juin, et non le 7), justifiant un retrait pour protéger l’entreprise ». À peine croyable. En attendant leur décision à venir, pétition largement suivie et lettre d’auto-dénonciation concernant ce « fait » par un employé démissionnaire ont achevé le rapport de force. Quelques jours plus tard, ultime tentative, étant rappelé pour « négocier un départ à l’amiable », bien sûr refusé.

L’après-midi même, j’étais réintégré sans préjudice. Pour le reste, les choses ont quand même bougé, même timidement ; les heures effectives sont désormais minutieusement enregistrées, examinées et visibles, du matériel élémentaire mais appréciable a déjà été remplacé, et surtout nous sommes maintenant considérés et écoutés par la hiérarchie. Il reste encore bien du chemin, d’ailleurs les patrons entendent aussi accéder et respecter le scrutin et leurs futurs bénéficiaires, et les formulations légitimes qui ne manqueront pas de venir, mais c’est déjà en soi un grand pas. Courant mai encore, des responsables, bien que très engagés à nos côtés, estimaient impossible un mouvement de cet ordre et un résultat positif. « L’utopie, c’est ce qu’on a pas encore essayé. »

T.D.P. 

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