Incendie de Rouen : nous voulons savoir, et Lubrizol doit payer !

Alors que l’usine Lubrizol de Rouen dégageait une immense colonne de fumée, le gouvernement et son préfet s’entêtaient à dire qu’il n’y a pas de risque toxique aigu. Castaner, égal à lui-même, déclarait jeudi qu’il « n’y a pas de dangerosité particulière, même si l’inhalation des fumées présente en soi sa part de dangerosité ». Il aurait mieux fait de se taire.

 

Le site stockait des produits très toxiques pour les êtres humains et très dangereux pour l’environnement. Le toit parti en fumée contenait de l’amiante, produit hautement cancérigène, tout comme la suie et les benzènes. On peut donc affirmer que l’immense panache de fumée qui a pendant des heures envahi la ville de Rouen et de nombreuses communes environnantes, laissant partout une suie noire, aura des effets sur la santé des habitantEs.


Procédures peu fiables
Alors qu’on interdit les récoltes et de faire sortir le bétail, de consommer œufs et lait produits dans 112 communes, on voudrait nous dire qu’il n’y a pas de risques pour la santé ! Les sirènes n’ont retenti que 5 heures après le début du sinistre, les protocoles de décontamination des pompiers n’ont été mis en place que vers 21 h 30, alors que certains pompiers avaient déjà été relevés, la plupart ont ramené chez eux leurs tenues contaminées à l’amiante, à l’hydrocarbure et à d’autres cancérogènes.
Dimanche soir à 19 h, la préfecture et l’inspection académique ont annoncé que tous les établissements scolaires pouvaient rouvrir le lendemain car ils avaient « été nettoyés » dans le week-end ! Mais franchement, quelle farce ! Cours nettoyées au jet d’eau, étagères dépoussiérées avec un simple chiffon, comme on a pu le voir dans certains reportages… Dans plusieurs établissements scolaires de l’agglomération rouennaise, des enseignantEs ont exercé leur droit de retrait et ils ont bien raison ! Car ils n’ont eu aucune garantie sur la fiabilité des procédures de nettoyage. Sans parler de l’odeur persistante dans de nombreux établissements, qui a engendré maux de tête et vomissements chez les enfants et les personnels.


Opacité totale
Cette usine Lubrizol avait, à l’hiver 2013, été responsable d’un rejet prolongé de mercaptan – le composé qui donne son odeur au gaz de ville. Des dizaines de milliers de personnes avaient été incommodées, victimes de vertiges, maux de tête, vomissements… Déjà, à l’époque, les informations avaient été dissimulées. Le groupe Lubrizol s’en est tiré avec une amende dérisoire de 4 000 euros : le propriétaire et milliardaire ­Warren Buffet ne pouvait sûrement pas payer plus !
Le patron de Lubrizol s’est dit « très étonné » de l’incendie. On peut quand même remarquer que la zone qui a brûlé était confiée en sous-traitance à une entreprise de… nettoyage ! Est-ce normal que, pour des raisons de coûts, on confie un secteur d’une entreprise Seveso haut seuil à de la sous-traitance ? Qui est responsable des produits qui se sont répandus dans l’atmosphère et de leurs effets sur la santé et l’environnement ? Qui a laissé un toit amianté, alors que la pose de toit en fibro-ciment est interdite en France depuis 1996 ? La direction de l’entreprise est responsable. C’est elle qui a obligation de sécurité. Dans notre société capitaliste où la loi du profit est la seule règle, les patrons font leurs affaires sous le sceau du secret.
Nous exigeons que les dirigeants de Lubrizol et le gouvernement livrent toutes les informations nécessaires pour établir la vérité sur la situation, ainsi que la création d’une commission d’enquête indépendante de l’État et de ses services. Nous exigeons un suivi amiante (et des autres produits) pour touTEs, notamment les pompiers en première ligne, victimes d’une surmortalité par cancer. Nous exigeons que Lubrizol prenne en charge tous les dommages causés sur la santé et l’environnement. Et aucunE salariéE de Lubrizol ou des entreprises sous-traitantes ne doit pâtir de cette situation : maintien intégral de leur salaire !
CorrespondantEs

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