Ibis Batignolles : quand les 17e et 18e arrondissements fêtent les grévistes

Vendredi 20 septembre, en fin d’après-midi, le collectif local de soutien aux grévistes de l’hôtel IBIS Batignolles organisait une fête de quartier pour appuyer les revendications des femmes de chambres et donner à leur lutte plus de visibilité dans les alentours de cet établissement du 17e arrondissement de Paris. 

Dès le milieu de l’après-midi, les premiers organisateurs arrivent sur le point de rendez-vous : l’entrée du Parc Martin-Luther-King, un lieu de passage situé à quelques mètres de l’IBIS Batignolles. Rapidement c’est près d’une quarantaine de militantEs de 18 organisations associatives, syndicales et politiques locales1 qui s’affairent pour installer le barnum, commencer la diffusion des tracts et faire tourner la caisse de grève. 

« Un cadre unitaire très large »

« Nous sommes dans un cadre unitaire très large », explique Cécile dans une intervention au nom du collectif. « Il nous a semblé à toutes et tous absolument évident que, quand une lutte se déroule dans nos quartiers, dans les quartiers où on milite, il est normal qu’on soit aux côtés des grévistes pour les défendre, pour populariser leur lutte auprès des habitantEs, les soutenir et les aider à poursuivre jusqu’à ce que l’hôtel finisse par céder ». De leur côté, les grévistes et représentantEs de la CGT-HPE arrivent, pour les unEs directement du piquet qu’ils occupent chaque jour depuis le 17 juillet 2019, pour les autres du Tribunal de grande instance de Paris. 

C’est que très tôt, le conflit a été emmené par la direction de l’hôtel sur le terrain juridique. Claude Lévy (CGT-HPE) explique à son arrivée sur la fête : « En plein été, le 1er août 2019, le groupe ACCOR a trouvé un juge de permanence pour obtenir une ordonnance sur requête lui permettant d’expulser les grévistes du hall de l’hôtel. Aujourd’hui notre avocat a rappelé que, par définition, le droit de grève ça nuit à l’employeur mais que pour autant le mouvement n’avait pas entravé la production. Nous avons donc demandé qu’à nouveau les grévistes soient autoriséEs à entrer dans l’hôtel. » 

Le système de sous-traitance dans le viseur des grévistes 

À l’Ibis comme dans de nombreux hôtels, les grévistes sont embauchéEs par des sociétés de sous-traitance – la dernière en date étant STN – qui au fil du temps ont considérablement durci les conditions de travail : cadences infernales, harcèlement et menaces, rémunération à la chambre et non-paiement des heures supplémentaires… sont autant de raisons au déclenchement de ce conflit. 

Mais Claude tient à réaffirmer la responsabilité de l’hôtel dans cette relation de travail : « Le donneur d’ordre, c’est lui qui paye le contrat commercial. Si le contrat commercial est au ras des pâquerettes, ce sont les salariéEs qui en pâtissent ». Aussi leur première revendication est d’être embauchéEs directement par le groupe hôtelier, pour « ne plus passer par ces voyous de la sous-traitante qui font du profit en maltraitant les femmes de chambres » ajoute Aboubakar Traoré, équipier à l’hôtel et représentant syndical. 

Appels à la solidarité financière et militante 

Cette semaine, les salariéEs viennent d’entamer leur troisième mois de mobilisation. « On est pas encore fatiguéEs, le combat n’a pas encore commencé » scande Mama Ndiaye, vivement encouragée par son auditoire.

Reste que pour tenir sur la longueur, toutes les initiatives de soutien sont bienvenues : « nous avons besoin de tout le monde, nous avons besoin de votre aide et de votre solidarité ! » explique Rachel Kéké. 

Une aide financière, pour alimenter la caisse de grève et compenser les pertes de salaires2, mais aussi une aide militante que sollicite Tiziri Kandi, animatrice syndicale pour la CGT-HPE, par exemple pour donner de l’ampleur à la campagne de boycott récemment lancée3 : « C’est une grève très très dure, contre le groupe ACCOR, 6e groupe mondial ; et Ibis, c’est un un peu l’hôtel réflexe – je vais dans un hôtel, je prends un Ibis – d’où l’importance de cette campagne de boycott. N’hésitez pas à relayer cette campagne, c’est un moyen de pression important sur le groupe. » 

Marion (Comité NPA Paris 17-18e)

  • 1. ATTAC Paris-Nord-Ouest, les UL CGT Paris 17 et Paris 18, le Collectif 17•18 pour les libertés et les droits sociaux, Zone de Solidarité Populaire 18, Comité local de Résistance et de Reconquête du 18ème, EELV Paris 18, Ensemble Paris 17•18, Fakir Ile-de-France, La France Insoumise Paris 17, Génération•s Paris 17 et Génération•s Paris 18, le NPA Paris 17•18, le PCF Paris 18, le PRCF Île-de-France, le PG Paris 16•17 et le PG Paris 18, le POI Paris 9•17•18
  • 2. La caisse de grève en ligne : https://www.lepotsolidaire.fr/pot/0oz7r5n8
  • 3. La campagne « Je boycotte ACCOR » : https://www.facebook.com/Je-Boycotte-ACCOR-105465797511981/

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