Harcèlement : double condamnation contre La Poste

Les deux verdicts sont tombés à quelques jours d’intervalle : La Poste vient d’être condamnée, à deux reprises, pour des faits de harcèlement. Des décisions à saluer, qui confirment ce que dénoncent depuis de longues années les salariéEs et les syndicalistes de La Poste : des conditions de travail de plus en plus insupportables, un management toujours plus agressif, une direction qui couvre les pires pratiques.

« Il appréhendait d’aller au travail»

Thierry Lagors, facteur béarnais, est décédé il y a 3 ans, en juillet 2015, d’un AVC, à l’âge de 43 ans. Ses parents, convaincus que c’est en raison du stress généré par ses conditions de travail que leur fils est décédé, ont décidé de reprendre la procédure que ce dernier avait lancée aux prud’hommes contre sa direction. La décision du tribunal des prud’hommes de Pau a été rendue en fin de semaine dernière : une condamnation de La Poste, pour harcèlement moral, avec 20 000 euros de dommages et intérêts.

Interviewée par France Bleu1, la mère de Thierry Lagors explique : « Il appréhendait d’aller au travail, quand il partait en tournée il était bien, et il appréhendait de revenir au travail pour déposer ses affaires. C’est quelque chose de difficile à vivre. Je l’ai vu trembler comme une feuille sans pouvoir s’arrêter tellement il était stressé. Je pense que c’est la reconnaissance des conditions de travail qui se dégradent pour tout le monde, parce que je pense qu’il n’est pas seul dans ce cas. Malheureusement. » La Poste a la possibilité de faire appel.

Harcèlement sexuel et moral

Le 17 mai, le conseil des prud’hommes de Paris condamnait quand à lui La Poste dans une affaire de harcèlement sexuel et moral. L’entreprise est jugée coupable de ne pas avoir protégé l’une de ses salariéEs, Emmanuelle E., victime de harcèlement et de tentatives de viol de l’un de ses chefs durant plus de 14 ans, de son embauche, en 2001, jusqu’en 2015, et condamnée à verser 126 000 euros de dommages et intérêts à la victime. Comme l’explique le Monde2, « dans cette somme sont inclus des dommages et intérêts pour harcèlement sexuel (30 000 euros) ainsi que pour harcèlement moral (25 000 euros), pour manquement de l’employeur à son obligation de préserver la sécurité du personnel (10 000 euros), et pour licenciement nul (35 000 euros). » 

Trois ans après l’alerte lancée par SUD-PTT, que la victime avait fini par contacter après de longues années de silence, par peur de perdre son emploi, et d’isolement, la direction de l’entreprise est donc condamnée. Une direction qui a couvert jusqu’au bout le harceleur, promettant des sanctions tout en organisant, en catimini, son départ à la retraite. Là aussi, La Poste peut faire appel. Mais comme le souligne un représentant de SUD-PTT interrogé par le Monde : « M. Desjacques, le nouveau DRH, chantre du management bienveillant, est maintenant devant ses responsabilités. S’il veut conserver de la crédibilité, il doit siffler la fin de ce dossier et se conformer au présent jugement. » Ce serait, effectivement, la moindre des choses.

JS

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