Colère partout et résultats économiques exceptionnels : vers un mouvement d’ampleur à Air France ?

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Le climat social à Air France se tend. Lentement mais sûrement. Depuis début décembre, des grèves de mécaniciens avion se succèdent, occasionnant des retards et annulations de vol, à coups de grèves ponctuées et ciblées. Le transport aérien ne s’est jamais aussi bien porté, générant même un début de pénurie de personnels qualifiés, et les profits ont explosé. Les salariés réclament leur dû.

Une mobilisation qui se construit

Les grévistes s'organisent avec l'appui de SUD Aérien. Regroupés par groupes « WhatsApp » les mécanos donnent leur avis à chaque moment, ce qui permet une organisation par le bas. La Direction, après avoir accepté début janvier de rencontrer une délégation composée de grévistes et SUD Aérien, a finalement annulé la rencontre, au motif que les grèves se poursuivent. Comme s’il fallait arrêter un conflit pour négocier ! Ce conflit a justement démarré pour demander des négociations salariales. La Direction a par contre reçu tous les autres syndicats en tête à tête… Ce mouvement regroupe uniquement la corporation des mécanos avion, auparavant organisé dans le syndicat corporatiste UNSA qui se retrouve expulsé pour cause de trop grande proximité avec la Direction.

Dans les autres corporations et métiers, certains ont accusé SUD de faire du corporatiste à son tour. Pourtant, tout en soutenant les luttes là où elles ont lieu, SUD Aérien n'a de cesse de promouvoir un mouvement d'ensemble, de tous les salariés de l'aérien. Dans plusieurs autres secteurs de petits mouvements ont existé, montrant un fort mécontentement social. Car depuis 5 ans les salaires ont accusé un retard sur l’inflation officielle de 6% (sans parler de l’inflation réelle, taxes, amendes, produits frais…).

Ce qui alimente la colère des salariés dans tous les secteurs. En témoigne les succès de la syndicalisation des pilotes chez Ryanair, autrefois interdite chez ce low-cost ultralibéral à la pointe de l’antisocial. Succès aussi chez le voisin Lufthansa où un accord avec le syndicat Verdi vient d’être trouvé autour d’une hausse des salaires de 6% sur 2 ans.

Une direction droite dans ses bottes

Face à ces premiers mouvements, Air France a programmé une Négociation Annuelle Obligatoire (NAO) express : deux réunions mardi et vendredi, et un accord à signer pour le lundi. Et bien sûr deux syndicats complaisants ont signé, CGC et CFDT, réunissant 31% de représentativité, parce que "c’est mieux que rien". Résultat : 1% de hausse générale des salaires et une enveloppe d’augmentation individuelle fourre-tout de 1,4% comprenant primes d’objectifs, ancienneté et avancements, pour les bons éléments bien sûrs…. Et enfin un cadeau supplémentaire de 1% sous forme de primes d’objectifs pour les petits cadres.

Cet accord fut mal accueilli par la grande majorité des salariés, qui espéraient un minimum de rattrapage du pouvoir d’achat, après les années de vaches maigres qui ont suivi la crise de 2008.

La lutte continue

Mais cette fois-ci le train-train a déraillé. Une union de tous les autres syndicats, personnel au sol, hôtesses et stewards, pilotes, s’est faite, et a réunit plus de 52% de représentativité, pour faire opposition à cet accord salarial. C'est une première dans l’histoire d’Air France.

Et ces syndicats regroupant au sol CGT, FO, UNSA et SUD Aérien, et la totalité des syndicats chez les hôtesses, stewards et pilotes appellent à la mobilisation de tous les personnels. Avec les départs des vacances de février qui approchent….

La Direction avait menacé en cas d’opposition de donner encore moins d’augmentation. Mais devant l'union syndicale et la grogne des salariés, elle a annoncé maintenir finalement les augmentations annoncées, tout en refusant de rouvrir la négociation salariale. Des mouvements sont donc à prévoir, à Air France, mais aussi dans les entreprises autour, où les salariés souffrent du même blocage des salaires, et de la même attitude patronale. (Le mouvement très suivi démarré à Noël des bagagistes d'OFS Orly, pour les salaires eux aussi, à été suspendu, mais pourrait reprendre avec les départs en vacances).

Une colère qui monte doucement, pour les salaires, pour la réduction du temps de travail, dans une industrie qui fait de gros profits. Qui pourrait être un gros écueil face au navire macronien…

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