Gibert Joseph : « Pour la première fois, nous avons obtenu une victoire »

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Entretien. Nous avons rencontré C., employée du magasin Gibert Joseph de Saint-Michel à Paris. Après cinq jours de grève, les employéEs ont réussi a gagner sur toutes leur revendications, en premier lieu le non licenciement d'un de leur collègue. Cette grève apparaît exceptionnelle dans un secteur où le patronat est friand des nouvelles technique de management toujours plus enclines à exploiter les travailleurEs et à briser la solidarité interprofessionnelle. Pourtant, ici comme à la FNAC des Champs-Elysées (près de 60 jours de grève), des regroupement de travailleurEs s'opère, travaillant a la (re)construction de la conscience de classe. Retour sur ces journées où une phrase retient notre attention : « La force des travailleurEs, c'est la grève ! »

 

Vous avez fait grève du 20 au 25 janvier. Pour quelles raisons ?

Nous avons fait grève parce qu'un de nos collègues était menacé de licenciement. Les raisons évoquées par la direction étaient qu'il avait un comportement désagréable envers la clientèle et qu'il s'était permis de remettre en place sa responsable parce qu'elle avait laissé les caisses automatiques sans surveillance.

Mais il est évident que le véritable mobile est que c'est un syndicaliste qui souhaite tout simplement se présenter aux élections professionnelles.

 

Quelles étaient vos revendications ? Qui les avait rédigées ou mises en avant ?

Nous revendiquions non seulement le fait que ce collègue qui a toujours fait un travail exemplaire ne soit pas licencié mais aussi le fait que la tension dans les réunions entre nous, délégués du personnel et la direction étaient devenues ingérables. Le directeur du personnel devenait de plus en plus irrespectueux et conflictuel et ce à chaque question que nous lui posions (pas de réponse, hors sujet...) Par ailleurs, nous avions constaté de la part des collègues une démotivation, voire même une souffrance physique et morale. Enfin, trois personnes ont menacé de vouloir se suicider, ce qui est quand même très inquiétant ! Lors de la dernière réunion, quand on a posé la question au directeur de ce qu'il pensait du fait que ces trois personnes menaçaient de se « tirer une balle », il a répondu qu'il les recevrait mais que de son point de vue, il était évident qu'il n' y avait pas que le travail qui les amenaient à vouloir faire ça.

La personne qui a rédigé nos revendication est notre délégué syndical CGT Monsieur Rémy Frey qui a réussi à construire notre section syndicale et où il s'est battu. Nous reconnaissons touTEs qu'il a mené et réussi ce combat, c'est tout à son honneur.

 

Quelle est ton opinion sur les événements, les forces et les faiblesses de la lutte ?

Je pense qu'avec nos forces et nos faiblesses nous pouvons obtenir des choses. D'ailleurs nous avons obtenu ce que nous voulions : Aymeric n'a été pas licencié, nous avons obtenu des réponses à nos questions malgré le contexte actuel qui devient de plus en plus difficile. Ce que nous avons vécu chez Gibert va devenir la normalité dans tous les secteurs confondus au vu de ce qu'est la loi El Khomri. On ne peut pas dire que cette loi a été mise en place en faveur des salariéEs !

 

Quelle a été la réaction de la direction ?

Je dois dire que je n'avais jamais vu la direction dans cet état d'effroi et ne sachant plus quoi faire face à 50 salariéEs qui font grève. Ce n'est pas rien dans une librairie comme chez Gibert Joseph : c'est plus de la moitié des salariéEs, donc ils ont eu peur !

Ce qui les a aussi effrayé, c'était que les clientEs nous soutenaient. Cela m'a moi même étonnée parce qu'il faut savoir que nous avons une clientèle du 6ème arrondissement, donc une clientèle aisée. Comme quoi, les luttes mènent à quelque chose !

 

Cette expérience a-t-elle changé quelque chose ? Dans tes relations avec tes collègues ?

Cette expérience a changé beaucoup de choses pour moi. Cela fait 20 ans que je milite. J'éprouve une certaine fierté à avoir milité avec mes collègues chez Gibert.

Je me dis que, pour la première fois, nous avons obtenu une victoire : il n'a pas été licencié et pour tout mes collègues, que je représente avec mes camarades, cela me fais un bien fou, de la joie…

Concernant la question sur les relations avec mes collègues, ce qui a changé entre nous, c'est la solidarité que nous avons les unEs pour les autres. Cette grève nous a beaucoup rapproché, et ça c'est notamment grâce à Rémy Frey qui a réussi à créer cette solidarité de par son combat à construire le syndicat.

 

Penses-tu possible de t'organiser avec d'autres gens (autres travailleurEs de l'enseigne, du secteur, comme les employéEs de la FNAC qui étaient en grève, des comités de soutien...) pour améliorer les conditions de travail ?

Je pense que nous pouvons en effet construire des comités de soutien avec la FNAC, et l'US CGT commerce et service nous rend compte de la situation et de ce qui se passe à la FNAC ainsi que chez Séphora. La-bas, où les salariéEs subissent des choses graves ! Parce que contrairement à nous, chez Gibert Joseph qui travaillons dans une entreprise qui reste familiale et ou nous pouvons obtenir des choses comme ce que nous obtenu jusque là, il faut savoir que des magasins comme la FNAC ou Séphora appartiennent à des groupes comme Pinault-Printemps-Redoute, ce qui rend la situation pour un délégué syndical plus difficile pour obtenir, même quasiment impossible...

Propos recueillis par un correspondant