Ford Bordeaux : Refuser la fatalité, défendre nos emplois, tout simplement

Depuis que Ford a annoncé, le 27 février, sa décision de se désengager, la vie dans l’usine est complètement chamboulée. Ce n’était certes pas une surprise, tant tout indiquait depuis longtemps que Ford avait une stratégie d’abandon. Mais ce n’est quand même pas pareil quand ces choses se disent : un pas est franchi et la situation devient clairement dangereuse.

Depuis trois semaines, la production tourne plus ou moins au ralenti selon les secteurs, parfois c’est quasiment au niveau zéro. C’est la première forme d’expression de l’écœurement, de la colère. Il y a aussi les actions dans l’usine, les débrayages, les assemblées générales qui rassemblent plus ou moins de monde. Autant d’occasions de discuter entre nous, ce qui est très important. Et puis il y a les actions à l’extérieur, les distributions de tracts chez les concessionnaires, devant les gares et les aéroports, en cherchant les endroits pour être visibles et toucher la population.

Déterminés, malgré tout

Nous sommes une minorité, encore que ça dépend des fois, à faire grève ou à nous mobiliser à l’extérieur, mais une grande majorité à refuser la décision de Ford, à exiger malgré tout le maintien de l’usine et de tous les emplois, à ne pas tomber dans le piège des primes de départ à négocier. Nous voulons garder notre boulot parce que derrière on le sait c’est la galère de la précarité. Oui, l’ambiance est aujourd’hui au refus et surtout pas à se démoraliser ou à se résigner même si la peur du lendemain est là.

Il faut dire que l’équipe militante CGT est très déterminée et très active, proposant des initiatives, cherchant du soutien à l’extérieur, essayant de faire le lien avec d’autres luttes (postierEs, étudiantEs…). Une réunion pour le « tous ensemble » a été organisée devant l’usine avec associations, syndicats, collectifs, partis politiques de gauche et élus locaux. Nous étions une centaine de militantEs. Il en est sorti un appel à une manifestation unitaire le samedi 24 mars pour la défense des emplois de toutes et tous, public, privé. 

Une mobilisation large à construire 

Une soirée concert de soutien est organisée le samedi 21 avril, avec le soutien de la mairie de Blanquefort. Une manière aussi d’élargir la lutte, d’impliquer des artistes. Et aussi des intellectuels par un forum qui aura lieu dans l’après-midi pour débattre du refus de la fatalité, d’un système injuste, des richesses détournées, du droit des salariéEs, de l’illégitimité de la multinationale, etc. 

Le sort d’une usine, de ses emplois directs et des 3000 emplois induits, cela concerne tout le monde. Alors on sollicite tous azimuts, persuadés que si nous avons une chance de nous en sortir, de sauver vraiment les emplois, alors il faut une bataille qui mobilise très largement. Notre culot à refuser le départ de Ford, à refuser tout plan de reprise forcément bidon, notre confiance dans nos possibilités, notre détermination… dépendent des liens avec la population, les autres salariéEs, les éluEs locaux, les artistes…

Nous avons une mobilisation à construire, mais aussi besoin de discuter de cette société, de ce patronat qui empoche des aides publiques et fait ce qu’il veut derrière. Le cas Ford, comme ceux de Bosch ou Coca-Cola, parmi tant d’autres, posent des problèmes politiques et non pas seulement économiques. C’est ce droit de licencier et de liquider des emplois que nous contestons. Notre travail depuis des décennies, notre santé que nous avons laissée plus ou moins, toutes ces subventions publiques absorbées : il y a de quoi remettre en cause le pouvoir de décider des capitalistes.

Philippe Poutou 

 

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