Ford Blanquefort : « Même si Ford ne le veut pas, on est là ! »

Encore un épisode de la chronique qui pourrait être celle d’une défaite programmée, ou alors d’un acharnement surtout pas désespéré. Alors que l’usine est déserte, sans activité, que les premières lettres de licenciement arrivent à domicile depuis le mardi 10 septembre, nous tentons toujours d’empêcher une issue prétendument fatale. 

Vendredi 6, nous avons organisé, et plutôt réussi, notre première initiative de ce mois de septembre très particulier puisque censé être le dernier. Nous étions 200 environ, pour un moment que nous voulions à la fois convivial et un signe supplémentaire de résistance. 

Au programme de la soirée, passée sur le parking du Comité d’entreprise, juste devant l’usine, il y avait un repas (simple), un concert de HK (qui revenait nous soutenir pour la troisième fois !) et un émouvant spectacle de lecture théâtralisée joué par une compagnie amatrice.

Parmi nous, des collègues bien sûr, trop peu mais quand même, qui espèrent encore ou qui tiennent à garder des liens de solidarité. Étaient aussi présents, les soutiens fidèles, des familles, des proches, les camarades syndiqués des entreprises proches, publiques et privées, de plusieurs étiquettes syndicales, des militants associatifs, sociaux comme écologistes ou antiracistes, des militantEs politiques… sans oublier des camarades gilets jaunes venus de plusieurs comités ou ronds-points, parfois loin. Le tout donnait un ensemble qui pourrait être un échantillon du « Tous ensemble » et de la convergence que nous souhaitons ardemment.

Des présentEs… et des absents

Mais en ce qui concerne la défense de l’usine Ford et des emplois, il manquait du monde à l’appel. Pour commencer, à part la mairie de Blanquefort qui était représentée, notamment par du matériel prêté, les collectivités territoriales, les pouvoirs publics étaient complètement absents. À l’image de leur désertion actée depuis plusieurs mois. 

Et puis, plus surprenant et plus problématique, c’est le vide laissé par nos responsables syndicaux. Ni la confédération CGT ni la fédération métallurgie ne donnent signe de vie : aucun message, aucune aide, aucune solidarité ; c’est comme si notre lutte n’existait pas. Enfin, une spéciale dédicace pour notre UD (l’union départementale CGT de Gironde) qui non seulement n’aura pris aucune initiative depuis l’annonce de la fermeture de l’usine (février 2018) mais qui refuse tout simplement d’appeler à la manifestation « unitaire » contre tous les licenciements, le 21 septembre à Bordeaux.

Ces absences illustrent, au moins en partie, nos difficultés actuelles dans la construction d’une bataille convergente pour défendre nos intérêts largement, collectivement. Certes, il est habituel de ne pas pouvoir compter sur les pouvoirs publics locaux. Mais que des structures syndicales désertent ainsi le combat, et ne soient d’aucune aide aux équipes militantes de base, constitue un réel handicap supplémentaire.

C’est en tenant compte de ces difficultés, dans ces conditions précises, que la mobilisation existante est importante. Face à la machine qui nous écrase (Ford, État, grands médias…), on est bien conscients de nos limites et de nos faiblesses, mais notre colère, notre dignité, notre détermination peuvent faire bouger des choses. En tout cas, c’est notre objectif pour les prochains rendez-vous, du17 septembre (jour du jugement en appel) et du 21 septembre (manifestation unitaire, manifestation gilets jaunes et concert de solidarité). 

Philippe Poutou

 

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