Ford Blanquefort : malgré le compte à rebours, rien ne sert de se résigner

Le 2 juillet, le TGI de Bordeaux se déclarait incompétent pour juger de l’existence ou pas d’un motif économique justifiant la fermeture de l’usine de Blanquefort. De l’autre côté, le 4 juillet, le tribunal confirmait en appel sa première décision, à savoir que Ford n’avait pas respecté son engagement de préserver 1 000 emplois jusqu’en mai 2018. Mais depuis, la multinationale a annoncé la fermeture et, la date de validité de l’accord signé entre l’État et Ford (en mai 2013 pour 5 ans) étant dépassée, la condamnation devient symbolique : une amende de 6 000 euros.

On peut dire que c’est sans surprise. Ford est condamnée moralement mais, dans les faits, ce qui compte le plus, l’entreprise fait exactement ce qu’elle veut, même prise en flagrant délit de mensonge, de manœuvre ou même de détournement d’aides publiques. Car, il faut le préciser, il n’est même pas exigé que Ford rembourse cet argent indûment perçu, ce serait-ce qu’une partie. Cette histoire est un scandale ordinaire, tant les exemples de ce style se multiplient.

Mais nous ne sommes pas au bout de ce constat écœurant. Depuis des mois, on a vu un pouvoir politique, d’abord remonté contre Ford, peu à peu s’éteindre et s’enfoncer dans une absence et un superbe silence. Plus un mot de Bercy, sans doute dépassé par l’accumulation de dossiers de fermetures d’usines. Englués dans un mélange d’incompétences, de servilité à l’égard des possédants, de résignation, de manque de courage, les pouvoirs publics sont complètement paralysés.

Aucune contrainte de la part des pouvoirs publics

Nous le voyons clairement avec « nos » collectivités territoriales. Alors que la séquence judiciaire n’est pas encore terminée (nous faisons appel de la décision du 4 juillet, avec audience le 6 août), la préfecture, la région, le département, Bordeaux Métropole… négocient avec Ford un accord de « revitalisation ». Ford laisserait 18 millions d’euros, comme un solde de tout compte, comme un permis de partir vraiment tranquillement, gardant les machines qui l’intéressent, vendant même les parcelles de terrain au fur et à mesure de la dépollution du site… 

Nous dénonçons leur attitude qui consiste à laisser faire, à plier lamentablement devant la multinationale. Ils sont presque honteux d’agir ainsi, même si certains assument sans scrupule. Ils disent comprendre notre colère mais qu’il n’y a pas le choix, qu’il faut bien trouver une issue, un accord, en faisant payer Ford, un peu plus que ce que la loi impose (démantèlement/dépollution). 

Sauf qu’il y avait et qu’il y a encore la possibilité de faire autre chose. Certes il manque des lois contraignantes (remboursement des aides publiques, réquisition, expropriation…) mais même avec la législation existante, il y a les moyens de contraindre des multinationales comme Ford. Nous n’en serions pas là si l’État, les pouvoirs publics avaient agi en amont, en saisissant les tribunaux ou en appuyant notre action en justice. Car au fond, c’est vraiment une question de choix politique.

Nouvelles échéances de mobilisation

La bataille ne ferait que révéler une nouvelle fois la fausse impuissance des pouvoirs publics. Mais peut-être pas seulement. Attendons ce que donnera le jugement en appel du 6 août. Notre histoire n’est pas encore finie. D’ailleurs, nous ne faisons pas qu’attendre. Nous comptons encore sur notre mobilisation. 

Nous avons appelé, pour le mois de septembre à une manifestation unitaire, syndicats, associations, collectifs, Gilets jaunes, politiques de gauche, contre la fermeture de l’usine, pour la défense des emplois publics et privés, en nous appuyant sur la lutte dans les services des « urgences ». Ça s’organise.

Le 18 septembre, nous irons soutenir les « ACC » à Clermont-Ferrand, en bataille aussi contre la liquidation de leur usine, qui organisent un rassemblement, proposant aussi de regrouper les luttes contre les licenciements.

Nous préparons aussi deux autres rendez-vous : le 6 septembre, devant l’usine, une soirée théâtre, avec la mise en scène émouvante d’une lecture de textes parus dans le livre Ford Blanquefort, même pas mort. Puis le 21 septembre, au Krakatoa, un nouveau concert de solidarité et de résistance, avec Barré, VdB, Radio Elvis, Bertrand Belin, Cali…

La production s’arrête le 1er août et les licenciements sont programmés au 1er octobre. Ce qui nous laisse encore du temps pour nous défendre encore. Tant qu’il y a de la vie…

Philippe Poutou

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