Ford Blanquefort : on est là… encore

Après une fermeture d’usine, les semaines qui suivent les licenciements, bien sûr que ce n’est pas très palpitant. Les collègues se trouvent confrontés aux difficultés réelles et multiples de retrouver un emploi et surtout un emploi correct. Et pour l’équipe militante CGT-Ford, il s’agit pour l’instant de continuer la même bataille dans des conditions nouvelles.

Mais pas de souci, on reste motivés pour continuer à dénoncer l’illégalité de la liquidation du site, à batailler contre la rapacité des multinationales comme Ford, et même contre la nullité des pouvoirs publics. Et nous avons de quoi nous occuper.

La bataille jusqu’au bout

D’abord, les éluEs du CSE (ex-CE), dits « salariéEs protégés », ne sont pas encore licenciés. Maintenant que quasiment tous les collègues sont licenciés (depuis octobre), il faut en effet que Ford demande une autorisation à l’inspection du travail. Il s’agit d’une procédure précise avec quelques formalités administratives à remplir. Et comme Ford ne veut surtout pas faire une seule erreur, rendue très prudente suite à nos multiples attaques au tribunal, cela prend un peu plus de temps que prévu.

Mais nous n’attendons pas sans rien faire, nous avons préparé la réunion CSE de consultation sur nos licenciements, préparé nos « auditions », nous argumentons, nous travaillons pour que l’inspecteur du travail ait tous les éléments pour refuser nos licenciements. Légalement, il a la possibilité de les refuser pour absence de motif économique valable. En tout cas, il y a ce qu’il faut pour refuser.

Et c’est une des batailles que nous menons en ce moment. Si l’inspecteur autorise (dans les 60 jours de son délai de réflexion), nous sommes licenciés. S’il refuse, Ford devra faire un recours dit « hiérarchique », pour passer au-dessus de l’inspecteur en demandant l’autorisation à… la ministre Pénicaud. Là franchement, nous n’imaginons pas que la ministre soit de notre côté.

Mais le problème n’est pas là. C’est toute l’histoire d’une bataille que nous tentons de mener jusqu’au bout, le « jusqu’au bout » ayant un sens. Dès qu’il y a un obstacle, le problème est d’essayer de le contourner. On verra bien jusqu’à quand on tient, jusqu’où on les repousse.

« Nous avons trouvé de quoi nous occuper »

À côté de cela, avec nos avocats, aidés aussi de notre expert économique, nous continuons le long parcours judiciaire, en Cour de cassation sur deux affaires : celle de l’illégalité de la fermeture et celle du non-respect de l’engagement de Ford sur le maintien des emplois, acté dans un accord en 2013. Cela nous coûte cher (la justice c’est aussi un sport de riches) mais heureusement, les soirées de concerts et de solidarité que nous avons organisées cette année nous donnent les moyens d’aller au bout.

Et enfin, nous nous lançons dans la procédure prud’homale, pour toutes et tous les salariéEs qui souhaitent dénoncer leur licenciement, à savoir l’absence de « cause réelle et sérieuse » du licenciement, donc son illégalité. Nous avons organisé une assemblée générale dimanche 8 décembre, pour expliquer la démarche qui consiste à faire des dossiers individuels mais que nous proposons de défendre collectivement avec notre avocat, comme cela se fait pour mettre plus de poids.

Donc voilà à peu près où nous en sommes. Nous ne « chômons » pas. Ford ne nous donne plus de travail mais nous avons trouvé de quoi nous occuper. 

Et puis dans ce contexte de mobilisation sociale, bien sûr que nous participons aux manifestations, à la lutte contre la politique du gouvernement (avec lequel nous avons quelques comptes à régler aussi). Malgré l’absence de liens avec nos collègues, nous tentons à distance de militer pour le mouvement, notamment en continuant à faire paraître notre journal CGT-Ford, Bonnes Nouvelles – Même pas mort sous format électronique, par la mise en ligne sur notre site (cgt-ford.com).

Philippe Poutou

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