Ford Blanquefort : dans le doute, on bataille jusqu’au bout

Nous sommes à quelques jours à peine du dénouement et d’une catastrophe annoncée. Le PSE qui consiste à fermer l’usine se termine le 18 décembre. Là-dessus Ford vient de repousser au 10 décembre son ultimatum adressé au candidat repreneur concernant la présentation d’un plan de reprise « sérieux ». En fait c’est comme un faux suspens. Ford n’a pas osé fermer la porte à la reprise mais ne donne aucun signe qu’elle est prête à remettre en cause son objectif de fermer.

Depuis le début, la multinationale veut fermer l’usine et ne veut pas de repreneur. D’ailleurs, elle fait tout pour saboter les discussions sur une reprise éventuelle. Dans l’usine, la direction fait sa propagande contre la reprise, disant que ce serait pire que d’être licenciés par Ford (grâce à son bon PSE), elle sème volontairement confusion, méfiance et divisions multiples. Ensuite les dirigeants de Ford Europe refusent qu’il y ait des réunions en présence de toutes les parties, avec le candidat à la reprise Punch, les syndicats et l’État.

Opacité des discussions

Du coup, quand elles ont lieu, et on sait que c’est le cas, ces « discussions-­négociations » se déroulent dans l’opacité, entre Ford et Punch ou entre l’État et Punch ou encore entre l’État et Ford. Pour le reste c’est simple, entre Ford Europe et les syndicats, il n’y a aucun contact. Les seules rencontres auxquelles on participe, c’est avec l’État, avec Punch et parfois avec les deux en même temps.

En fait, tout est là pour que rien ne fonctionne. L’absence de transparence permet les tractations des uns avec les autres, tout ça dans un esprit très mal intentionné de part et d’autre.

Car on a une multinationale, Ford, qui veut partir vite, serait prête à céder son usine à un repreneur, mais à la condition que Ford soit désengagée de tout, et tout de suite, y compris de la gestion du PSE (départs en préretraite, départ volontaires éventuels). La fermeture est déjà un scandale, mais si en plus Ford peut partir tranquillement sans avoir de comptes à rendre autres que le chèque laissé à Punch comme solde de tout compte, c’est encore plus scandaleux.

Et puis on se trouve face à un repreneur qui a compris qu’il pouvait faire une belle affaire. En plus d’avoir un personnel expérimenté, il prend l’argent laissé par Ford, avec au passage des subventions publiques apportées par les collectivités territoriales. Et, en plus, il ose exiger des gains de productivité par un gel des salaires, une modulation du temps de travail et une suppression de 5 RTT. Rien que ça. Soi-disant pour des raisons de compétitivité, il est nécessaire de réduire les coûts. Une réduction, ce n’est pas original, qui serait faite sur les salaires des travailleurEs et pas ailleurs.

Une situation très tendue

Alors c’est tendu, très tendu. Les syndicats résistent comme ils peuvent, certains plus que d’autres, refusant clairement de subir les pressions et les chantages divers. C’est à prendre ou à laisser. Que fait-on ? Accepter un recul, encore un, pour limiter la casse ? Reste-t-on sur notre position initiale ? C’est évidemment compliqué, car nous savons que c’est injuste, que c’est inadmissible. Mais Punch sait que nous ne sommes pas dans une position confortable. D’un côté un repreneur cynique et rapace, brutal, de l’autre la fermeture, les licenciements, le chômage pour un personnel relativement âgé.

Voilà, on est en plein dedans, on débat, on s’engueule un peu dans le syndicat, beaucoup en inter­syndicale, on s’accroche, on voit comment on avance, comment on manœuvre dans ce bazar. On discute énormément avec les collègues, on fait des AG, plusieurs en quelques jours, pour expliquer, rendre des comptes, débattre des choix à faire. C’est très utile et cela a un effet positif pour le climat dans l’usine.

Tant qu’il y a de la lutte… 

Cette semaine, on va tenter de réamorcer la discussion avec Punch, sous l’autorité de l’État. Une autorité bien relative car l’État fait preuve d’une incapacité à imposer à Ford comme à Punch un minimum de respect pour nous salariéEs mais aussi des intérêts collectifs autour de l’usine.

Mais le fait de résister, de batailler encore aujourd’hui, sans perdre l’espoir de sauver l’usine, ça ­permet de poser problème, de mettre en évidence les coups tordus, les mauvaises intentions du monde patronal.

Comme cela a été dit, tant qu’il y a de la lutte, il y a de l’espoir. En tout cas, nous donnons rendez-­vous à toutes et tous, aux collègues, aux habitantEs, aux éluEs locaux, aux militantEs syndicaux, associatifs, politiques, sans oublier les Gilets jaunes pour un rassemblement devant l’usine le samedi 8 ­décembre, à 2 jours de l’ultimatum, pour dire que cette usine ne doit pas fermer, que cela concerne tout le monde.

Philippe Poutou

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