Ford Blanquefort : « Créer la surprise, c’est notre projet »

Depuis le lancement de la procédure PSE, le 26 juin dernier, nous sommes face à un compte à rebours terrible. Les dernières réunions auront lieu le 20 novembre. Donc nous n’avons même pas 3 mois pour réaliser un nouvel exploit qui consiste à sauver des centaines d’emplois. Nous avons une dizaine de semaines seulement pour trouver la « clé » pour la transformation du climat dans l’usine.

Alors que Ford déroule son plan sans problème, largement aidé, il faut le dire, par des pouvoirs publics soumis et complices, pour nous la question est bien de créer la surprise, laquelle ne peut venir que de notre capacité à agir et à bousculer le calendrier en place. L’enjeu, c’est qu’avec une bonne partie des collègues, nous trouvions la confiance, la légitimité, la force de relever la tête collectivement pour défendre notre avenir.

Se dépêtrer du « chacun pour soi »

Pour commencer il faut arriver à se dépêtrer du « chacun pour soi » cultivé par le PSE, cet outil efficace pour tout individualiser, pour diviser et éclater le collectif de travail. Entre les anciens qui ne voient pas d’un mauvais œil la possibilité de partir en préretraite (normal), les plus jeunes qui pensent avoir les compétences pour trouver du travail ailleurs (illusoire ?), ou encore les autres qui préfèreraient garder leur emploi actuel (irréaliste ?), comment fait-on pour faire converger ce qui peut sembler être des intérêts divergents ?

Ça paraît pourtant simple : si nous étions toutes et tous uniEs, nous constituerions une force qui se ferait craindre. Si nous étions solidaires, nous défendrions l’intérêt commun, à la fois les emplois directs et induits, comme la possibilité pour les plus anciens de partir dans les meilleures conditions. C’est évident que le rapport de forces ne serait pas le même, que cela réduirait la marge de manœuvre de Ford comme cela mettrait l’État sous pression, le poussant à agir beaucoup plus qu’il ne le fait aujourd’hui.

Construire une mobilisation dans et hors de l’usine

C’est toujours une histoire de rapport de forces, lequel, c’est clair, ne nous est pas favorable pour le moment. Mais que nous cherchons quand même à changer. Car à quoi bon se morfondre ? Alors c’est vrai, nous agissons par volontarisme, nous poussons comme nous pouvons, nous discutons avec les autres syndicats, avec les collègues, nous essayons de convaincre et d’entraîner. 

Nous proposons des initiatives comme la manifestation unitaire du 22 septembre à Bordeaux, un rassemblement avec débrayage devant l’usine quelques jours avant, une journée d’action commune en octobre sur plusieurs sites de Ford en Europe, en lien avec des camarades allemands et belges. L’idée reste de construire une mobilisation dans et hors de l’usine. Même si la combativité est très faible aujourd’hui, nous savons que de nombreux collègues sont réceptifs, sensibles à ce que nous faisons. Nous voyons bien qu’à côté de la résignation, il y a aussi de l’écœurement et une colère contenue. 

Nous sommes persuadés qu’à un moment, cela peut exploser et que des choses importantes peuvent se passer. Nous comptons là-dessus, alors il y a aucune raison de lâcher prise.

Philippe Poutou

 

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