Ford Blanquefort : c’est quand qu’on va où ?

Avec la non-homologation du PSE, l’aventure continue encore un peu. C’était une bonne nouvelle pour nous. C’était surtout le résultat de notre détermination à changer la donne. On pousse comme on peut pour perturber la stratégie de Ford, on bouscule pour cela l’État afin qu’il intervienne. Au total, l’objectif, au-delà du temps que nous essayons de grappiller, c’est bien sûr, de créer les conditions favorables à une solution de reprise.

Mais si l’aventure continue, les plans galères aussi. C’est comme si tout cela allait bien ensemble. À peine osions-nous apprécier le répit obtenu de quelques semaines que déjà les mauvais coups arrivaient de plusieurs endroits.

Ça coince avec Punch 

D’abord, du côté des dirigeants de Punch, qu’une délégation intersyndicale est allée rencontrer le vendredi 1er février à Strasbourg. Il s’agissait d’obtenir des informations et des garanties concernant les projets d’activité à mettre en place dans l’usine de Blanquefort, et donc de mettre un coup de pression pour que ce projet aille vraiment au bout. Nous avons au contraire eu un discours pessimiste sur les chances de concrétiser le plan de reprise. Punch ne lâche pas mais cela ne semble pas loin. Pourquoi ? On ne sait pas. 

Le même jour, Ford lançait sa convocation pour un nouvelle réunion extraordinaire du CE, qui aura lieu le jeudi 7 février, en réponse à la décision de la Direccte de ne pas valider le PSE. C’est la suite normale. Ce qui l’est moins, c’est d’organiser cette réunion pour une durée d’une heure seulement, et en l’enchaînant immédiatement sur un autre CE extraordinaire pour que les élus rendent un avis sur le nouveau document PSE. 

Ford toujours « hostile »

Ce n’est pas une surprise, c’est même logique, Ford veut aller vite, très vite. Il n’est surtout pas question d’ouvrir une quelconque discussion sur une éventuelle étude de reprise du site. Ford l’a toujours refusée. Et ce n’est pas maintenant que qui que ce soit, même l’État, va le lui imposer. Certainement que cette non-­homologation a été reçue comme une gifle. Mais pas suffisamment grosse pour étourdir ou calmer la multinationale. 

Cette dernière ne tarde pas à reprendre la main et l’offensive, imaginant que l’État a utilisé sa dernière cartouche, sa seule peut-être pour contraindre Ford à un autre choix. Ford montre délibérément qu’ils n’en ont rien à faire du social, de la possibilité de préserver des emplois. Pour eux, comme pour la plupart des capitalistes grands habitués des procédures, le « S » de PSE c’est « supprimer » et non pas « sauvegarder »…

La meilleure façon de ne pas perdre l’avantage est d’y aller franchement. Et Ford sait faire. Avec sa troupe d’avocats, tout est travaillé, étudié, préparé. Ford avance sans scrupule, écrase tout. Son PSE est retoqué ? Qu’à cela ne tienne ! Il suffit de représenter ce même PSE avec quelques modifications en marge, sans rien changer sur le fond, et même rien de ce qui concerne la loi Florange (recherche de repreneur). Il faut une réunion CE, une nouvelle procédure de consultation ? Alors ce sera une réunion d’une heure avec demande d’avis dans la foulée, de manière à soumettre à nouveau à la Direccte le nouveau document, pour attendre 21 jours maximum. Et hop, le tour serait joué. Facile.

Un État pas encore remis de son « culot »

Ford se moque du monde et le montre délibérément. Donc ça continue. Et cela ne provoque pas de mouvement particulier du côté de la Direccte, du ministère du Travail comme de Bercy. Le refus d’homologation du PSE Ford a semble-t-il été un acte fort, après de grosses hésitations. Et c’est comme s’ils ne s’en étaient pas complètement remis, comme s’ils n’avaient pas envisagé la suite, les difficultés liées à l’attitude de Ford qui ne change pas. Quoi faire maintenant, comment faire respecter un minimum le peu de droits qui existent encore pour les salariéEs, donc comment contraindre Ford à étudier sérieusement les possibilités d’une reprise ?

Là encore, nous cherchons des appuis, des arguments pour que ce temps supplémentaire donné par la non-homologation soit un peu efficace, qu’il permette d’aller plus loin. Cela signifie de batailler dans des réunions avec la Direccte, avec les cabinets des ministères, dans les salons, là où pourtant, comme nous répétons le à longueur de manifestation, nous ne sommes pas censés ­trouver satisfaction.

Une usure réelle et un manque de perspectives

Cette bataille acharnée sème le doute depuis longtemps parmi les collègues, jusque dans les rangs de l’équipe syndicale CGT. Certes, la passivité règne dans l’usine. Mais l’action de l’intersyndicale, la résistance d’une poignée de « réfractaires » ne suscite pas non plus d’hostilité. Elle est seulement perçue au pire comme inutile, de l’énergie gaspillée. En effet, qu’allons-nous obtenir au bout ? « Rien » devient vraiment le plus probable. Et on pourrait même craindre que tout cela finisse dans le grotesque avec Ford qui réussirait à faire avaler son PSE en deuxième avis.

Mais, même quand tout semble fichu ou sans réel espoir, il reste quand même beaucoup de motivation et un peu de force pour tenir encore, pour tenter encore d’empêcher Ford de réussir à tout liquider. Nous avons la légitimité, les raisons de pousser État et collectivités territoriales à agir pour sauver au moins un bout d’usine, quelques centaines d’emplois directs et induits. Et c’est parce que nous insistons que nous pouvons poser les questions d’une « impuissance » d’État qu’il faut stopper, des lois qu’il faut changer, de la nécessité de rompre avec les logiques patronales, de discuter des solutions de réquisition, de réappropriation d’usines pour les rendre disponibles pour produire des choses utiles. Si on n’insiste pas, si on ne s’accroche pas, ce sera forcément plus compliqué.

Philippe Poutou

 

Licence créative commons

Nos articles sont publiés sous licence Créative Commons. Voir les détails.