Ford Blanquefort : on a besoin d’espoir pour lutter

Le feuilleton Ford continue… mais il n’est pas infini. Au fil des semaines et des mois, plus le temps passe et plus nous sommes dans un compte à rebours. Le suspens est là, grandissant. Allons-nous réussir à empêcher la fermeture de l’usine et à sauver des centaines d’emplois directs et des milliers d’emplois induits ?

Nous sommes bien conscients que cela serait un exploit, mais nous avons l’ambition de le réaliser même si nous cumulons les difficultés. Il n’est pas question de faire un pronostic : on mène la bataille dans les conditions données, un point c’est tout.

Une possibilité de reprise ?

Aujourd’hui, le déroulé des évènements est déterminé par deux calendriers, celui de Ford et celui du gouvernement. Ford avance, avec son PSE de fermeture d’usine, une procédure de consultation lancée en juin qui s’achèvera les 17-18 décembre avec l’avis rendu par les instances CE et CHSCT. Après c’est la Direction du travail (Direccte) qui a 21 jours pour homologuer (ou pas ?) le PSE. 

Nous avons quand même réussi à repousser la fin de cette procédure, par deux fois et de près de deux mois au total. Cela ne change pas la donne, mais c’est utile car cela nous laisse un peu plus de temps pour essayer de construire la mobilisation. Cela laisse aussi un peu plus de place à une possible reprise de l’usine. 

Car il y aurait une possibilité. C’est ce qu’affirme en tout cas le gouvernement, par la voix de son ministre de l’Économie. Officiellement, il y a un candidat à la reprise : il s’appelle Punch, il est belge, et il a déjà une usine à Strasbourg, qui fabrique aussi des boîtes de vitesses automatiques, reprise en 2013 après le départ de General Motors. 

Rien de très reluisant chez ce patron, surnommé le « Tapie belge ». Il « achète » et revend, sans vraiment dépenser ou investir de l’argent. Des margoulins comme lui, il en existe pas mal dans l’industrie. Une espèce qui tendrait même à se développer tant les pouvoirs publics sont peu regardants. Il suffit de voir les exemples récents des reprises à Metal Temple ou à GM&S, qui ressemblent à des « sous-traitances » de fermeture d’usines.

Pas d’illusions

Le gouvernement s’est donné un délai jusqu’à fin octobre pour obtenir un accord de reprise. D’un côté, on a donc Punch, qui veut acquérir l’usine de Blanquefort sans dépenser et, de l’autre, Ford, qui veut se débarrasser de son usine avec le moins de frais possible, et qui en même temps ne veut pas de reprise. Et au milieu, il y a l’État, qui joue les négociateurs pour aboutir à une solution. 

Tout récemment, il y aurait eu une rencontre à trois, sauf que nous n’avons aucune information de ce qui se négocie entre ces gens. C’est « normal » : ça doit discuter gros sous et cela ne regarde pas les salariéEs que nous sommes, même s’il est en réalité question de nos emplois et de notre avenir.

Alors a-t-on raison de croire qu’une reprise est possible ? Certes, le gouvernement, empêtré dans ses difficultés, aurait besoin de « sauver » une usine pour prouver son efficacité dans sa « lutte contre le chômage ». Ford aimerait bien partir tranquillement, avec la posture d’un patron social qui « protège » ses salariéEs. Enfin, Punch aurait besoin d’une nouvelle usine pour faire de nouvelles affaires. Mais est-ce que cela suffit pour autant à permettre la reprise ? 

Certainement pas. Mais à l’heure actuelle, c’est notre seul « espoir » de sauver nos emplois. Ce n’est pas extraordinaire, mais c’est celui qu’on a trouvé dans une situation sociale qui n’en offre pas tant que cela. C’est le seul « espoir » aussi dans les conditions d’un rapport de force pas vraiment en notre faveur. 

Ne pas se taire, ne pas subir

Il faut dire que la mobilisation reste malheureusement faible. Trop peu de salariéEs contestent ou résistent à la multinationale. Ce qui limite nos possibilités de mettre la pression sur Ford comme sur les pouvoirs publics. Cela limite aussi nos moyens de bousculer les évènements, de réussir à changer la donne. Mais cela n’empêche pas tout. En multipliant les initiatives, en ne lâchant pas, nous arrivons malgré tout à mettre un peu la pression, suffisamment pour que tout ne soit pas complètement perdu aujourd’hui.

Et cette « hypothèse » de repreneur est sûrement, quelque part, le résultat de notre ténacité, de notre acharnement à dénoncer la fermeture de l’usine par une multinationale qui fait des profits, de notre détermination à ne pas laisser tranquilles les pouvoirs publics, pour que leur posture d’impuissance ne soit pas tenable, pour qu’ils agissent pour maintenir les emplois directs et indirects.

Certains nous disent que cette hypothèse de reprise est une illusion ou un leurre. Peut-être. Mais peut-être pas. En tout cas, elle permet aujourd’hui d’avoir une perspective, une raison de mener la bataille des emplois, qui nous fait tenir en ayant autre chose en tête que d’améliorer la prime de licenciement. Et les semaines qui viennent sont importantes. Nous allons au mondial de l’auto à Paris le 12 octobre, à 30 salariés, pour tenir le « stand Ford » devant les portes du salon. Pas pour vendre des voitures évidemment, mais pour défendre nos emplois. Nous manifesterons contre la fermeture de l’usine à nouveau le 25 octobre à Bordeaux, toujours avec l’idée et l’objectif d’élargir la mobilisation dans et hors de l’usine. Nous sollicitons des soutiens largement, car notre lutte c’est celle de tout le monde. Nous sommes lancés dans une course contre la montre, persuadés qu’on n’est pas obligés de se taire et de toujours subir.

Philippe Poutou

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