Fonderies du Poitou : « Pour les sous-traitants il n’y a rien dans le plan Renault »

Entretien avec Jean-Philippe Juin et Jean-Yves Huet, délégués syndicaux à la fonderie Liberty aluminium Poitou.

Tout d’abord pouvez-vous faire un retour en arrière sur l’histoire de ces fonderies ?
Il s’agit d’anciennes fonderies Renault, vendues à la fin des années 1990 et qui, depuis, vivotent d’actionnaire en actionnaire. Nous en sommes au cinquième ou sixième actionnaire d’affilée et à chaque fois les effectifs baissent et on trime pour essayer d’avoir du boulot. Aujourd’hui, il y a deux fonderies distinctes. D’un côté, fonte carters, pour les moteurs pour véhicules Renault et, côté alu, des culasses pour moteurs Renault. Donc une activité 100 % Renault pour une usine rachetée il y a un an par l’actionnaire Liberty House, qui a fait plein de promesses mais n’apporte pas d’activité sur le sites. De l’autre, fonte alu, racheté par Texid, filiale de Fiat avec, à l’époque, 40 % de production pour Fiat et 60 % pour Renault. Aujourd’hui avec le retrait de Fiat on est à 100 % pour Renault.

Quelles sont les menaces immédiates sur les sites ?
Coté fonte c’est la crainte de fermeture du site avec la disparition des carters fonte, remplacé par des carters aluminium, et le reste fabriqué pour partie en Espagne, pour partie en Allemagne. Le site galère pour avoir des volumes pour tourner. Nous sommes en activité partielle depuis le 17 mars sans charge de travail.
Côté alu, il y a du travail avec les culasses mais des problèmes d’autofinancement et pas suffisamment de volume pour pouvoir assurer la trésorerie de fin de mois pour garantir que les salaires soient payés tous les mois. Juin sera payé mais on ne sait pas si juillet le sera.

Pour les fournisseurs comme nous, à terme le gros souci, avec le plan d’économies Renault et les conséquences de la fermetures de quatre sites et 4 600 suppressions d’emplois, la réduction de production de voitures en France entraînera la perte de travail pour les fournisseurs de pièces.

Renault va-t-il nous garder comme fournisseur, relocaliser la productions de certaines voitures ?
Pour les sous-traitants il n’y a rien dans le plan Renault qui veut faire 2 milliards d’économies. Au lieu de relocaliser comme le demande gentiment Le Maire ils vont continuer à délocaliser. S’ils arrêtent Flins ou Maubeuge, ce sont des bagnoles qui ne se feront plus en France.

Quelles mobilisation avez-vous engagées ?
Depuis bien avant le Covid-19 on rue dans les brancards pour que l’actionnaire Liberty tienne ses promesses et apporte le fric sur le site pour le développement des projets en cours et entame une diversification sur le site. Renault se considère comme client et plus comme donneur d’ordre et nous donne le moins de travail possible, juste pour qu’on surnage. On a mené des actions avec les salariéEs et adressé des courriers à tous le acteurs économiques engagés pour la reprise de cette boîte.

Nous avons été reçus à Bercy jeudi 11 juin par le CIRI, comité interministériel de redressement de l’industrie et par Sanjeev Gupta, patron de Liberty. Pour la fonte, un sursis de trois mois avec une étude pour trouver une réorientation pour pallier l’effondrement du carter fonte. Pour l’alu, un soutien de trois millions d’euros pour le développement de la culasse HR10. Des promesses qui sont prises avec prudence par les salariéEs.

La semaine dernière nous avons organisé un rassemblement de l’ensemble du personnel lors duquel les salariéEs ont décidé de bloquer l’expédition du matériel côté fonte : plus aucun carter ne sort pour Renault. ce qui a déclenché la réunion de jeudi. Nous attendons la réunion à la préfecture du comité de suivi qui se tient tous les trois mois avec tous les intervenants sur la reprise pour appeler à un rassemblement afin de rappeler à chacun ses engagements.

Quelles sont les perspectives ?
Côté fonte alu on nous promet une nouvelle culasse pour un véhicule Renault, mais il faudrait fournir les moyens de l’autofinancement pour le site. Plus globalement toute la filière industrielle automobile française, et donc pas seulement les fonderies, se délite. Renault et PSA délocalisent petit à petit leurs productions, avec comme conséquence la fermeture d’usines en France. En 2004, Renault produisait 54 % de ses véhicules en France contre 17 % aujourd’hui. PSA est en train de monter toute une filière automobile en Espagne avec comme conséquences des délocalisations.

Côté fonderies, ce que nous demandons (Fonderies du Poitou comme Fonderie de Bretagne), c’est la réintégration dans Renault comme l’avait gagnée la SBFM (Fonderie de Bretagne) et la Fonderie de Cléon. Les constructeurs devraient construire tout le véhicule et non pas acheter les pièces ici ou là et seulement les assembler, et le soutien de l’État à la filière devrait être conditionné au maintien ou retour de production sur le territoire.
Nous sommes en lien avec la CGT Renault et avons mis en place une coordination dans Liberty House qui a acheté cinq boîtes en France (en plus des Fonderies du Poitou, Aluminium Dunkerque, un fabricant de roues à Châteauroux et le carrossier Durisoti). On se voit tous les trois mois et on décide d’actions pour l’ensemble des sites.

Propos recueillis par Robert Pelletier

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