Fin de grève victorieuse à la SAM -Jinjiang dans le bassin de Decazeville

Publié par NPA Auto Critique. La grève de l’usine Jinjiang SAM à Decazeville s’est achevée jeudi 26 septembre. Les revendications immédiates des grévistes ont été satisfaites : retrait du projet de suppression de 150 à 200 emplois, indemnisation à 100 % du chômage partiel, paiement des jours de grève.

La réunion d’information appelée par les salariés de l’usine au soir du 26 septembre a réuni 500 participants, chiffre à rapporter à la dizaine de milliers d’habitants de ce bassin industriel. Présents les salariés de l’usine, de nombreux habitants, des retraités de l’usine, des représentants d’autres syndicats alors que David Gistau (secrétaire de l'UD CGT Aveyron et membre du bureau confédéral de la CGT) , Ghislaine Gistau (déléguée CGT SAM et membre du CSE) e Sebastien Lallier (membre CGT du CSE) ont détaillé la situation de l’usine depuis son rachat en 2017 par le groupe Jinjiang, la grève et sa conclusion victorieuse dans la journée.

Les manœuvres de la direction du groupe chinois Jinjiang, qui a repris l’usine en 2017, ont été détaillées : des machine sans entretien, pas d’investissement, pas de recherche de nouvelles entreprises « clientes » alors que Renault est maintenant le seul donneur d’ordre, la montée du chômage partiel, et la tenue d’un référendum la veille des vacances le 1er août où il était demandé notamment de faire travailler l’usine en continu. « On nous demandait de travailler plus alors que le chômage partiel était là ». Sans parler de la proposition consistant à externaliser les tâches d’usinage de l’usine, principalement centrées sur la fonderie d'aluminium, vers l’usine Bosch de Rodez située à 50 kilomètres

Le non avait été massif. Il faut dire dans l’usine de la SAM, de fortes traditions de lutte sont enracinées dans une histoire maquée par les grèves des mineurs du bassin de Decazeville. Et aujourd’hui dans cette usine de 400 salariés, il y a 150 adhérents à la CGT.

Après un mois d’été d’atermoiements les événements se sont précipités avec l’annonce de la venue de Macron et de ses ministres pour étrenner le grand débat national sur les retraites. Le patron chinois a voulu profiter de l’événement pour crier misère et obtenir encore plus de subventions. Et pour amplifier la menace il a accusé dans la presse régionale Renault de mensonges, posture dénoncée par la CGT elle-même. C’est donc en toute connaissance de cause qu’il balancé son plan de suppression de 150 à 200 emplois une semaine avant la venue de Macron. La grève, le blocage des accès de l’usine et l’arrêt de la production ont mis en échec la manœuvre.

Une réunion s’est donc tenue jeudi 26 septembre à la préfecture de Rodez avec le ministre Lemaire, un représentant de Renault, un membre de la direction de Jingjiang, et les délégués CGT de l’usine. Selon le compte-rendu de ces derniers, Lemaire et Renault ont dénoncé l’absence de tout plan d’entreprise sérieux de la part de Jinjiang, accusé tant pour ses agissements vis à vis des salariés que vis à vis de Renault. Et c’est pourquoi Jinjiang a retiré son plan de suppressions d’emplois. Voulant vraiment éteindre l’incendie quelques heures avant la venue de Macron, finalement annulée, Lemaire a affirmé qu’il n’y avait pas de problème de "coût du travail" mais de gamme et de qualité des produits fabriqués.

Quant à Renault, il a officiellement déclaré par la voix du directeur des relations fournisseurs et achats, Bruno Moustacchi : «On s'est engagé à électrifier 50 % de notre gamme d'ici 2020, en composant une gamme de moteurs diversifiée, soit en tout électrique, en hybride, ou en hybride rechargeable. Jinjiang SAM fabrique des pièces de boîte et de support moteur, adaptées pour le plan de transition énergétique. Les réunions de mercredi et jeudi ont permis de définir une méthode de travail, de renouer le dialogue entre toutes les parties, et de définir un calendrier pour un projet industriel de Jinjiang SAM et le groupe Jinjiang Industries Europe. Ces réunions ont été très constructives. Le ministre nous a donné une feuille de route. Le 11 octobre sera une étape importante »

Victoire réelle des salariés, mais rien n’est joué sur le moyen terme. Renault s’est engagé sur un volume de commandes en 2021, le temps de passer l’année 2020 où on sait que la production d’automobiles va connaître un creux très important en France. Quant à Jingjiang il doit rendre sa copie de nouveau plan d’entreprise dans un délai de quelques semaines. Comment pourra-t-il remplir des engagements en terme d’activités et d’emploi alors qu’il les a ignorés pendant près de deux ans ? Bref une victoire immédiate, la suite dépendant de la mobilisation maintenue des salari(e)s de la SAM, du soutien dans ce bassin industriel où un collectif « tous ensemble » agit sur de nombreux fronts de lutte, et de la capacité des travailleur(se)s à faire valoir leurs droits.

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