Derrière les « services essentiels à la vie de la nation », la rapacité de la direction de La Poste

Les déclarations de Macron et Castaner, enjoignant la population à se confiner, ont confronté la majorité des salariéEs à deux injonctions contradictoires : rester chez soi, sans possibilité de voir sa famille ou ses amiEs, tout en continuant d’aller au travail pour nombre d’entre elles et eux. C’est le cas des salariéEs du groupe La Poste.  

Le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a cité La Poste parmi les secteurs essentiels, « indispensables au fonctionnement du pays ». Et, de fait, on n’a jamais autant entendu les dirigeants de La Poste parler de service public que depuis une semaine.

Hypocrisie et cynisme

Les plafonds de l’hypocrisie sont crevés, puisque, depuis des années, ces mêmes dirigeants démantèlent le service public postal avec un acharnement constant. Philippe Wahl (PDG du groupe) peut d’autant plus facilement se réclamer du service public, désormais « essentiel », que Le Maire, son ministre de tutelle, n’a pas du tout défini les missions censées être remplies par les postierEs dans cette situation de crise sanitaire.
Ce chèque en blanc donné par le ministre de l’Économie donne en fait un avantage concurrentiel à La Poste, que ses dirigeants exploitent le plus cyniquement du monde, au mépris de la santé des postierEs et de la population. Wahl et ses acolytes du siège n’ont rien à envier aux patrons d’Amazon (pourtant tancés, eux, par Le Maire !). Que ce soit en centre de tri ou en plate-forme colis (qui sont des lieux de fortes concentrations de personnels) ou encore en bureaux de postes et en centres de distribution du courrier (activités où les agentEs sont en contact avec le public), les postierEs mettent non seulement leur santé en danger, mais aussi celle de la population.
Mais, pour le comité exécutif de La Poste comme pour le gouvernement, seul comptent, en définitive, les bénéfices à réaliser. La population est confinée ? Quelle aubaine, on va pouvoir lui livrer plus de colis ! Interpellée par les organisations syndicales qui demandent de limiter la distribution de colis au strict nécessaire (en particulier les médicaments et le matériel médical), la DRH du groupe a eu cette sortie, qui résume l’état d’esprit de ces profiteurs de crise : « C’est la liberté de chacun, y compris de commander une paire de jeans, sinon on ne serait plus en démocratie ».

Faillite du système poste

La gravité de la situation, ainsi que les très nombreux droits de retraits exercés par les salariéEs, ont poussé l’ensemble des organisations syndicales de La Poste (à la notable exception de FO) à se fendre d’une lettre ouverte à Wahl et à Le Maire (alors que la division syndicale est la règle). Ce courrier, tout en dénonçant à la fois les pressions et menaces exercées contre l’usage du droit de retrait et le manque de sécurité dans les services, demande que les missions essentielles soient clairement définies et encadrées.
Au vu de la situation sanitaire, l’arrêt des activités postales devrait, en attendant, être décidé de toute urgence. Mais ni les dirigeants de La Poste, ni l’État ne sont prêts à cela, même si le maintien de leur stratégie contribue à désorganiser encore plus l’appareil productif postal. Cette véritable faillite démontre encore plus, en période de crise aigüe, à quel point les dirigeants, les prétendus « experts », sont incapables de gérer La Poste (comme la société !) ; non seulement pour le bien, mais aussi la santé et la sécurité du plus grand nombre. Une vraie leçon de choses, qui permet, dès aujourd’hui, de tirer bien des enseignements pour l’action.

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