Débuts de mobilisation à La Poste contre la réorganisation du siècle

La direction de La Poste n’a pas traîné pour tirer profit de la crise sanitaire. Le 11 mai, elle sortait de son chapeau ni plus ni moins que la plus grande réorganisation de l’histoire du secteur du courrier (à terme, la distribution du courrier en cinq jours sur sept).

C’est la première fois que la direction entendait mettre en place une restructuration touchant l’ensemble des bureaux à l’échelle nationale. Elle comptait certainement sur un effet confinement, ainsi que sur l’atonie, assez sidérante il faut le reconnaître, de la quasi-totalité des directions syndicales.

Pas un long fleuve tranquille

Or si l’octroi de trois samedis non travaillés sur quatre a pu un temps jouer son rôle d’écran de fumée, de plus en plus de postierEs voient aujourd’hui le prix à payer (suppression de jours de repos, conditions de travail qui se dégradent à vitesse grand V, remise en cause de la notion de tournée de distribution…).

De récentes mobilisations ont fait la démonstration qu’en dépit des difficultés, la feuille de route de La Poste ne sera pas forcément un long fleuve tranquille. À Marseille Euroméditerranée (le plus gros bureau des Bouches-du-Rhône), les agents ont fait usage de leur droit de retrait pour exiger la prolongation des contrats de leurs collègues en CDD que la direction de l’établissement comptait ne pas renouveler (alors qu’ils et elles ont assuré leur service au plus fort de l’épidémie). Avec succès, puisque ces agents restent dans le bureau, avec des perspectives de CDI pour certainEs. Toujours dans les Bouches-du-Rhône, les factrices et facteurs des Pennes-Mirabeau ont fait quatre jours de grève pour les mêmes raisons, à savoir le maintien sur site de deux de leurs collègues CDD. S’ils n’ont pour l’instant pas été embauchés en CDI, ils sont maintenus dans leur établissement, en CDI intérimaire.

Dans le pays de Caux, en Haute-­Normandie, cinq bureaux ont fait grève pendant une semaine, contre l’augmentation de la charge de travail, la remise en cause de leurs tournées (il était prévu que les factrices et les facteurs assurent quotidiennement non plus une mais 1,2 tournée), et l’injection de moyens humains. Ils ont obtenu gain de cause, même si c’est de manière transitoire.

Gifle judiciaire

Dans les Hauts-de-Seine, La Poste se voit infliger une nouvelle défaite sur le front juridique. Le tribunal judiciaire de Nanterre vient de condamner La Poste à revenir à l’organisation de la distribution en quatre jours et oblige celle-ci, entre autres, à procéder à une évaluation de la charge de travail. Elle fait un sort, au passage, au décret publié le 27 mai, qui raccourcit le délai des expertises dans les CHSCT. Cette décision est une véritable gifle donc, qui fait suite à une procédure enclenchée par Sud Poste 92, avec le soutien de la fédération Sud PTT.

Au-delà des revendications spécifiques à chaque bureau, la question de l’emploi est au cœur des problèmes. La destruction des postes de travail est d’ailleurs, évidemment, l’objectif non avoué de la direction. En période d’augmentation à la fois de la charge de travail et du chômage, il s’agit d’un thème unifiant et offensif. Mais il va également de soi qu’il ne suffit pas d’avoir des revendications unifiantes (même si c’est un bon début). Il faut également un plan d’action à la hauteur. Dans cette perspective, ces quelques exemples de combativité sont un réel point d’appui pour l’avenir.

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