Commerce : pas de trêve estivale pour l’emploi

Carrefour, Auchan, Castorama, New Look… La litanie des plans sociaux dans le commerce s’allonge à nouveau, y compris pendant l’été, au travers de deux entreprises emblématiques dans leur secteur d’activité respectif, à savoir Conforama et Tati.  

À Conforama, longtemps leader français de l’ameublement et propriété du groupe Pinault, c’est une saignée sans précédent qui a été annoncée au début du mois : 1 900 suppressions d’emplois, soit 20 % de l’effectif, par l’intermédiaire de la fermeture de 42 magasins sur 235, et ce au plus tard en 2020.

Face à la brutalité de cette annonce, les déléguéEs en sont même venus aux mains le 11 juillet dernier lors de la première réunion du comité d’entreprise, convoquée à la hussarde par le binôme de dirigeantEs de l’entreprise, récemment nommé et spécialisé dans les restructurations (une médiation, sous la houlette de l’inspection du travail, a depuis été enclenchée). Les syndicats CGT et FO ont aussi rapidement appelé le personnel à faire grève avec un certain succès dans de nombreux magasins.

Un scandale dans le scandale

Le vrai motif de ces licenciements est à trouver du côté des calculs de sa maison-mère, le groupe sud-africain Steinhoff, qui a maquillé ses comptes pendant plusieurs années, tout en profitant des 63 millions d’euros reçus au titre du CICE depuis 2014, plutôt que d’investir dans la stratégie digitale de l’enseigne. Pire, elle va retirer 300 millions d’euros de la vente de ses magasins dans la péninsule ibérique, permettant au passage à ses créanciers d’empocher 87 millions au titre des intérêts.

Il y a fort à parier que pas un centime de cette juteuse opération ne reviendra aux salariéEs licenciés dans le cadre du futur plan social, et ce alors que les ordonnances Macron ont limité au seul plan national l’appréciation des moyens du groupe en cas de licenciement pour motif économique… Conforama, le pays où les licenciements sont moins chers : une raison supplémentaire de se révolter !

Adieu vichy rose ?

Même procédé mis en œuvre à Tati où, deux ans jour pour jour après la reprise de l’entreprise, son nouveau propriétaire, le groupe Gifi, a annoncé la fermeture – ou le passage sous cette dernière marque – des 109 magasins à l’enseigne au vichy rose pour l’an prochain, à l’exception de celui historique de Barbès. Même silence suite au rassemblement organisé à la hâte le 19 juillet dernier par la CGT, le syndicat majoritaire, au siège de l’entreprise à La Plaine-Saint-Denis (un nouveau rassemblement est prévu le 25 juillet prochain).

Pourtant, Gifi a dégagé, au 30 septembre 2018, un chiffre d’affaires de 1,4 milliard d’euros, en hausse de 4,9 %. Et que pèsent les 189 suppressions d’emplois envisagées au regard de son effectif de près de 10 000 personnes ? À chaque fois, les salariéEs, pour se faire respecter, ne pourront faire l’économie de la grève sur la durée, comme récemment à New Look ou à Angoulême, où le personnel des boutiques Brice et Jules ont cessé avec succès le travail pendant 22 jours.

LD

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