Chez Renault et dans toute la filière, pas de tabou pour défendre l’emploi

Réglons son compte à cette véritable « fausse nouvelle » selon laquelle la fermeture envisagée de 4 usines par Renault serait la conséquence du coronavirus. « Sans tabou » avait pourtant prévenu Renault pour annoncer dès le mois de février un plan d’économies de deux milliards d’euros, un montant qui n’a pas bougé depuis. Le scandale supplémentaire est le prêt de 5 milliards d’euros que l’État s’apprête à garantir à Renault, « en même temps » donc que les restructurations annoncées.

Dans la décennie précédente, Renault, sous la houlette de Carlos Ghosn, a choisi l’asphyxie des activités de montage d’automobiles en France. En quinze ans, de 2005 à 2018, la production de Renault a chuté des deux tiers, passant de 1 200 000 à 386 000 véhicules. Les effectifs de Renault sont passés en France sous le seuil des 50 000, le nombre des ouvriers étant aujourd’hui inférieur à 15 000. Les fermetures envisagées aujourd’hui sont dans le prolongement des politiques avalisées par les gouvernements successifs y intervenant comme actionnaire de référence pour reprendre l’expression du ministre Le Maire.

Des usines où partout des investissements viennent d’être réalisés 

L’usine de Choisy le Roi, 300 salariéEs, s’appuyant sur des ateliers de démontage et d’assemblage aux savoir-faire reconnus, est considérée, au-delà de Renault, comme un modèle de l’économie circulaire pour la rénovation des organes mécaniques.

L’usine de Dieppe avait été relancée en décembre 2017 pour fabriquer des automobiles de sport autour du modèle de l’« Alpine . Les 400 salariés de l’usine, dont de nouveaux recrutés, n’ont pas choisi ce type de production mais c’est leur emploi qui est menacé.

L’usine des fonderies de Bretagne à Caudan dans le Morbihan, 400 salariéEs, rachetée par Renault une première fois en 1969, avait été réintégrée dans le groupe Renault en 2009. C’est l’une des rares victoires où le donneur d’ordre Renault avait été contraint de reprendre un sous-traitant suite à une lutte exemplaire.

Quant à l’usine de Flins, qui devait être à l’avant-garde des nouvelles technologies avec la fabrication de batteries et le montage d’une voiture électrique, les effectifs sont passés en dix ans de 7000 à 2500 personnes. Sans parler des années 1970 où les effectifs avaient dépassé les 20 000 dans cette usine crée en 1952. Les dernières informations distillées par Renault emploient le mot « restructuration » pour qualifier ce qui est prévu pour cette usine. Tu parles ! À les laisser faire c’est bien la poursuite de l'asphyxie qui est en jeu.

Des rustines pour le profit face à une crise globale

La crise de l’industrie automobile pointait depuis plusieurs mois. Arrêt mondial « jamais vu » de la production et des ventes de voitures, faillite d’équipementiers ou de loueurs comme le premier d’entre eux Hertz, stocks de voitures invendues évaluées pour toutes les marques en France à 400 000 véhicules : la crise est globale.

Ce qui est annoncé par le gouvernement n’est qu’un copier-coller de ce qui est pratiqué depuis 30 ans : des primes pour la mise à la casse des voitures les plus anciennes afin de gonfler les ventes de voitures neuves. Financer l’achat de voitures électriques apportera une touche de modernité « verte », mais même avec une prime de 6 000 euros financée par les impôts de touTEs, la voiture électrique demeurera inaccessible à la très grande majorité. Des mesures de ce type déjà appliquées n’ont empêché ni l’emploi de s’écrouler ni la pollution de s’amplifier. En revanche, elles ont permis à chaque fois aux firmes automobiles de renouer avec les profits. La crise de l’automobile est trop globale pour être réparée avec ce type de rustines.

Patrons des firmes automobiles et gouvernement tablent sur la désorganisation pratique du mouvement ouvrier, amputé en temps d’épidémie de la possibilité de réunir syndiquéEs, salariéEs et de son droit élémentaire à manifester.

Exproprier les capitalistes

Cela n’a pas empêché les salariéEs du site de Caudan (Fonderies de Bretagne) de débuter lundi 25 mai une grève et l’occupation de l’usine : entrées et sorties bloquées, production arrêtée, occupation jour et nuit. 250 personnes, la très grande majorité des présents, y participent sur les 380 que compte aujourd'hui le site. Première grève en réponse aux menaces de fermetures explicitement approuvées par le gouvernement, elle s’appuie sur les expériences de lutte de cette usine. Cette grève ouvre une première brèche qui doit être élargie et soutenue pour espérer gagner !

Face au mécano mondialisé de Renault et Nissan, une grève bloque aussi la production des usines Nissan de Barcelone depuis le 5 mai, jour de la reprise de la production. Cette grève contre une menace de fermeture est largement citée dans l’État espagnol comme la principale lutte sociale du moment, mais est ignorée en France par les médias, à l'exception de quelques réseaux militants.

Macron, lui-même en majesté, annonce un nouveau plan de soutien à l’industrie automobile qui inclut bien sûr un volet compétitivité, c’est à dire la préservation des profits et l’approbation ainsi donnée aux restructurations. Macron s’impliquant ainsi, le moment est devenu politique.

Le « tout automobile », qu’il soit à moteur électrique, essence ou diesel, fauteur de pollution, ne garantit en rien l’emploi : preuve en a été donnée toutes ces dernières années. Les limitations croissantes de l’usage de l’automobile contribuent à faire de de celle-ci un bien de moins en moins essentiel. Celles et ceux qui ne voulaient pas risquer leur vie à « produite des bagnoles » l’ont bien confirmé.

Les firmes capitalistes sont incapables de garantir l’emploi et de produire pour répondre d’abord aux besoins prioritaires de la population. Ne vivant que pour leurs marchés et leurs profits, leur expropriation ne doit plus être un tabou.

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