Carrefour : Une grève qui a supermarché

Samedi 31 mars, une majorité de magasins Carrefour était en grève à l’appel de plusieurs syndicats. Plusieurs dizaines de magasins ont été bloqués, ce qui a suscité un intérêt médiatique important. Sur fond de suppressions d’emplois, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase est la réduction de la prime de participation, d’un montant de plus de 600 euros en 2017 à 57 euros cette année.

La CGT parle de 20 000 grévistes sur les 115 000 salariéEs français que compte le groupe, en sachant qu’un certain nombre ne travaillait pas ce jour-là, à commencer par celles et ceux du siège, où la CGC avait appelé à deux heures de déconnexion le vendredi 30, et dans les 24 logistiques, qui avaient cessé le travail, parfois plusieurs jours auparavant.
Par sa détermination, le personnel a montré que les arguments de la direction au sujet de la situation économique de l’entreprise, supposée préoccupante, ne marchaient plus, alors que dans le même temps le versement de 400 millions d’euros au titre du CICE et de 356 millions d’euros de dividendes aux actionnaires de Carrefour ne sont eux pas remis en cause.

Retour à la normale ?
Une intersyndicale a eu lieu le mardi 3 avril pour faire le point sur la situation. Pour FO, le syndicat majoritaire, mais aussi pour la CFDT, il est urgent que le dialogue social soit de nouveau rétabli dans l’enseigne : ils critiquent ainsi plutôt sur la forme que sur le fond l’annonce, le 23 janvier dernier, d’un plan de transformation par Alexandre Bompard, le PDG de Carrefour.
Alors que le versement d’un montant exceptionnel de participation était acté avant même la grève, sans pour autant la désamorcer, cette mobilisation historique oblige pourtantces syndicats à ne rien céder sur les revendications, à commencer par le paiement d’une prime de participation d’un montant équivalent à celui de l’année dernière. 
Pendant ce temps-là, les licenciements mais aussi le non-renouvellement des postes de travail en magasin continuent… Mais ce qui est incontestable, c’est que la réussite et la visibilité de cette grève, dans un secteur pourtant précarisé et peu organisé, participe grandement au réchauffement du climat social… jusqu’à l’ébullition ?

LD



Avec les grévistes de Carrefour Saint-Denis (93)

Aminata, Maria, Nassia, Sandrine, Antoine, Hamed, Olivier et les autres salariéEs de Carrefour sont toutes et tous là, le samedi 31 mars. Devant Carrefour à faire grève, et pas à l’intérieur à trimer au travail. Pour la plupart, c’est la première grève. Pour une fois, les caddies de Carrefour ne sont pas utilisés pour les courses mais pour bloquer l’entrée. Appelée et soutenue par le CGT et FO, les deux syndicats du magasin, la grève a mobilisé la quasi-totalité des salariéEs de Carrefour de Saint-Denis.
Les grévistes nous parlent de la pression permanente, des maladies professionnelles liées aux gestes répétitifs, de la souffrance au travail, de l’embauche pour certainEs à trois heures du matin, des salaires qui stagnent, des temps partiels imposés et de la précarité. À Carrefour Saint-Denis, les caissières sont à 30 heures. Ainsi, elles ne touchent même pas le SMIC, sans parler des étudiantEs à 300 euros par mois. Avec 36 ans d’ancienneté, des chefEs de rayon sont payés 1400 euros pour un temps complet. Avec 10 ans, c’est 1100 euros : une misère qui ne permet pas de vivre et élever les enfants dignement. Le patron s’appuie sur le prétexte des métiers largement féminisés pour garder des salaires encore plus bas.
Des primes, supposées compenser ces salaires particulièrement bas, sont supprimées au fur et à mesure. À titre d’exemple, en 2018, le groupe Carrefour a proposé une prime de participation de… 57 euros. Les grévistes parlent de ces postes en comptabilité tout récemment supprimés à Saint-Denis, et plus largement de tous les postes qui ont disparu ces dernières années. Ils et elles expriment leurs craintes concernant le passage futur aux caisses automatiques. 
Des grévistes qui sont bien décidés à gagner leur lutte, et expliquent leur grève aux clientEs de Carrefour qui signent, pour beaucoup, la pétition de solidarité. On parle aussi de convergence des luttes avec les cheminotEs, les salariéEs de la propreté et touTEs les autres…

Correspondantes

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