Banque de France : non, le régime des agentEs n’est pas maintenu, malgré le rapport de forces construit

Comme l’ensemble du monde du travail en France, la Banque de France a été touchée par le mouvement sur les retraites, en cours depuis le mois de décembre.

Le système de retraites de la BDF fait partie des 42 régimes spéciaux existant actuellement. Il est essentiellement calqué sur le régime de la fonction publique (les agentEs au statut partent à la retraite avec 75% de leur dernier indice, et avec les mêmes conditions d’âge et d’annuités que dans la fonction publique). Cependant, il s’en distingue par son mode de financement. Le système s’autofinance via la CRE (Caisse de réserve des employés), qui perçoit les cotisations des actifEs et qui redistribue les pensions aux retraitéEs. Face au déséquilibre démographique actuel (17 000 retraitéEs pour environ 10 000 actifEs cotisants), la BDF apporte un financement annuel pour permettre l’autofinancement du système depuis plus de dix ans, en contrepartie d’un gel des salaires et du point d’indice.
Les fonds de cette CRE, gérés par la filiale BDF gestion, sont ensuite utilisés pour différents investissements, dans l’opacité la plus totale, afin de dégager des bénéfices. Elle dispose aujourd’hui d’un fonds de 14 milliards d’euros.

Une mobilisation historique du personnel
La mobilisation contre la réforme des retraites a vu le personnel de la Banque de France se mettre massivement en mouvement, avec des taux de grévistes jamais vus depuis plusieurs décennies sur un mouvement interprofessionnel.
Ainsi, les 5 et 17 décembre, les taux de grévistes ont atteint plus de 30% du personnel, avec des pics à 50% dans le réseau (ensemble des succursales présentes sur l’ensemble du territoire). Dans certains bastions ouvriers (fabrication des billets ou caisses de tri), les machines ont été à l’arrêt à chaque grande journée, et beaucoup de succursales ont dû fermer leurs portes au public pour cause de grève. Ces chiffres sont à mettre en perspective avec ceux sur de dernière loi travail, où les maxima atteints étaient de 8%.
De plus, ce mouvement a vu l’apparition de mouvements reconductibles, notamment à la Courneuve, où les agentEs de ce nouveau centre (ouvert il y a un an) ont décidé collectivement d’entrer en reconductible début janvier, avec AG quotidiennes décisionnelles, rédaction de tracts... Les agentEs ont ainsi pu faire l’expérience de la grève et de l’auto-organisation, en prenant des décisions autonomes par rapport aux directions syndicales et en tentant d’entraîner d’autres implantations géographiques dans le mouvement.
Dans cette effervescence, les agentEs de surveillance des centres fiduciaires sont aussi entrés dans la lutte, avec le mouvement le plus long jamais connu au sein de l’entreprise (sept semaines de mobilisation, donc cinq en reconductible). Un mouvement inédit, conduit par des équipes jeunes et précaires, pour l’obtention de revendications salariales (cette cétégorie étant la plus mal payée de l’entreprise) et des reconnaissances de la pénibilité (travail en 3x8, 7/7, en locaux aveugles).

Une mobilisation en partie payante
Avec l’arrêt de la grève reconductible dans les transports, le mouvement au sein de la BDF s’étiole, comme dans beaucoup d’entreprises, sans pour autant entrer dans une phase de résignation. Les agents attendent plutôt un second round, et restent très majoritairement opposés à cette réforme.
Dans ce contexte, la direction de l’entreprise, avec l’appui du gouvernement, a annoncé le maintien du régime de retraites BDF. Un effet d’annonce… qui masque une réalité bien moins reluisante.
La Caisse de réserve des employés est maintenu dans l’état actuel jusqu’en 2024. Après cette date, tous les nouveaux entrants basculeront automatiquement dans le nouveau régime “universel”.
Pour les agents déjà en poste, c’est le flou le plus total : la Banque annonce que la CRE ne sera plus financée à partir de 2025 (plus aucune cotisation n’y sera versée), mais garantit dans le même temps que tous les agentEs nés avant 1975 ne verront pas leur pension baisser !
Quant aux agentEs nés après 1975 (un tiers des effectifs actuels), ils et elles seraient sur un régime mixte, probablement avec une double pension : une versée par la CRE pour la partie de carrière allant jusque 2024, et une versée par le régime universel pour la partie restante.
Nous sommes donc bien loin des effets d’annonces du gouverneur de la BDF, et de ses alliés du gouvernement et dans les médias (les Échos, Capital…).

Perspectives
Le mouvement est donc loin d’être fini à la Banque de France, où les salariéEs restent mobilisés sur les journées d’actions appelées par les organisations syndicales.
Les signaux sont donc plutôt encourageants pour l’avenir, alors que de grosses batailles se préparent en interne.
Le 6 mai, le Gouverneur de la Banque de France annoncera un nouveau plan réseau, à perspective 2024. Ce plan devrait s’inscrire dans la logique de réductions d’effectifs et de fermetures de sites, commune à l’ensemble de la fonction publique,
Mais les perspectives s’ouvrent à l’aune de la situation actuelle.

Licence créative commons

Nos articles sont publiés sous licence Créative Commons. Voir les détails.