Air France : Le chemin de la lutte est retrouvé 

Le 7 novembre dernier, le nouveau PDG Janaillac présentait « Trust Together » : deux annonces, dont en particulier la création d’une compagnie low cost long courrier et le projet de filialisation de la maintenance (8 000 salariéEs) pour financer l’achat des avions (voir l’Anticapitaliste n°362).

Dans les semaines qui ont suivi, Sud Aérien a organisé des assemblées générales d’information, AG très suivies. Elles ont eu un grand succès, réunissant 1 800 salariéEs. Et elles ont poussé l’ensemble des syndicats à se déclarer contre la filialisation. Une intersyndicale centrale a eu lieu le 2 décembre, mais n’a voulu appeler à aucune action avant le vendredi 16 décembre à 11 heures, dernier jour avant les vacances… et refusant toute action vers les aéroports ou vers le siège Air France à Roissy. La CGT en particulier expliquait qu’après les cinq licenciements suite à la « chemise arrachée », il ne fallait prendre aucun risque.

Des syndicats sous pression

Alors Sud Aérien a décidé, en harmonie avec la colère des salariéEs, d’accélérer le rythme. Les salariéEs ont démarré spontanément des actions dans deux ateliers : révision moteurs à Orly et équipements à Villeneuve-le- Roi (VLR), des débrayages allant perturber des réunions avec les clients, déclenchements de détecteurs de fumée entraînant l’évacuation des bâtiments, « minutes africaines » reprenant la tradition où les salariéEs font le maximum de bruit en tapant sur des tôles, en branchant des klaxons sur l’air comprimé ­pendant plusieurs minutes...
Une intersyndicale sous pression s’est alors tenu à Orly le 5 décembre, les jeunes s’y étant invités. Elle décide alors d’une action le 8 avec rassemblements. SUD, CGT, FO, UNSA et CFDT y appellent.
Sur Roissy, seuls SUD, CGT et FO ont appelé à un rassemblement le 8... Et on y voit des tracts de presque tous les syndicats dénonçant Sud Aérien comme ne respectant pas l’intersyndicale. Et le 6 décembre, une action qui a conduit à annuler la cérémonie d’inauguration de l’arrivée du B787 à Air France (1 200 invités...) a été appelée uniquement par SUD et FO.

Mobilisation réussie, recul de la direction

Le 8 décembre a vu une immense mobilisation à Orly (450) et VLR (350). Les deux cortèges se sont rejoints et sont partis en manifestation vers l’aéroport, bloquant la circulation sur l’autoroute. Et malgré des forces de l’ordre il faut dire peu nombreuses et vite dépassées, les salariées ont réussi à envahir l’aérogare. Cela alors que la veille encore, la direction rappelait dans un flash actu à tous les salariéEs la circulaire préfectorale adoptée avec l’état d’urgence, circulaire interdisant toute gêne à l’exploitation des aéroports et menaçant de retrait du fameux badge rouge...
Sur Roissy, 300 mécanos du matin et 300 du soir se sont réunis en AG. Des AG houleuses où les syndicats se sont fait secouer, ce qui les a forcés à appeler le jeudi 15 décembre, jour du comité central d’entreprise. À Orly, on s’est préparé à monter le 15 à Roissy, forts de l’immense succès du 8.

C’est alors que la direction a annoncé le transfert du CCE sur Paris pour essayer de casser cette dynamique. Peine perdue, les salariéEs se préparent alors à monter sur Paris. Lundi 12, les salariéEs apprennent en arrivant au boulot, par des tracts CGC, CFDT et UNSA, que la direction retire son projet de filialisation et qu’on l’a mal comprise... Ces syndicats arrêtent toute action, estimant avoir gagné…
Mais le nouveau directeur Terner annonce alors que si le projet est retiré, le statu quo n’est pas tenable, faisant planer de nouvelles menaces. Sud décide de maintenir quand même un appel à manifester devant le CCE à Paris le 15. Parallèlement, dans la presse patronale, le secrétaire d’État aux transports annonce que l’État s’engage à aider Air France, à condition que les salariéEs fassent aussi de nouveaux efforts (eux qui sortent de 5 ans de blocage des salaires, de perte de repos…).

2017 s’annonce bien

Finalement, le jeudi 15 a vu des rassemblements plus petits sur Orly (100) et VLR (60), et un petit groupe est allé symboliquement ­manifester avec Sud devant le CCE... gardé par les CRS ! À Roissy par contre, c’est près de 400 salariéEs qui ont manifesté et défilé vers l’aéroport, huant le représentant de l’Unsa quand celui-ci a voulu prendre la parole !

Les salariéEs de l’industriel terminent donc l’année avec cette victoire sur un projet qui faisait cauchemarder tout le monde. C’est la plus grande mobilisation depuis 1993, date de la grande grève qui avait alors remporté une victoire éclatante et annonçait le réveil de l’hiver 1995. Une nouvelle génération de salariéEs a fait ses preuves dans la lutte, reprenant les traditions, les manifs sur l’aérogare. Tous les discours de résignation sont tombés : il est possible de lutter et de gagner !
2017 s’annonce donc bien. La question salariale sera au centre, avec celle des embauches, afin d’empêcher Air France de créer des filiales low cost et de laisser mourir la branche industrielle.

Jet Aelis

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