À Air France, des milliards pour les uns, des suppressions d’emplois pour les autres

Entre 8000 et 10 000 suppressions d'emplois pour un groupe de 55 000 salariéEs. Sans parler des sous-traitants qui n’ont aucune protection…

Comme d’habitude, gouvernement et direction d'Air France annoncent les mauvais coups par la presse, pour tester. Et le ministre Lemaire surenchérit en précisant que le gouvernement est d'accord, à condition que les salariéEs soient volontaires...

Quel « volontariat » ?

Quel est le volontariat lorsqu’ils commencent à annoncer des fermeture de bases entières en régions, Bordeaux par exemple, ou bien le centre informatique de Paray et ses 400 salariéEs situé en bordure des pistes d’Orly ? Pareil, lorsqu’ils annoncent que cet été, sous prétexte de redémarrage progressif, la plupart des vols Air France opérés traditionnellement à Orly partiront de Roissy, laissant la place à Transavia, Easyjet, Air Caraïbes…

Les personnels concernés (passage, mécanos...) auront le choix de rester au chômage partiel, avec des pertes de salaires moyennes de 800 euros, ou d'accepter des détachements sur Roissy ou bien un départ volontaire.

Ils auront le « choix » de trois heures de route par jour car la plupart habitent loin en banlieue sud, prix de l'immobilier oblige. Et on ne se prive pas de commencer à en solliciter certains, usés par le travail, pour faire le grand saut : partez maintenant, un petit pécule, quelques années au chômage, et puis la retraite. À quel taux ? La retraite à quel âge ? Les indemnités chômage ? On ne sait pas, c'est pas nous, c'est le gouvernement. Allez dépêchez-vous, demain sera pire !

Et mutés de Bordeaux ou Rodez dans le nord de Roissy, quel bonheur ! Le ou la conjointE ? Les enfants ?

Cerise sur le gâteau, les gentils syndicats habituels CFDT, Unsa, CGC, ont signé, en janvier 2020, un accord de « garantie de l'emploi » qui prévoit qu'en cas de restructuration, on garantit l'emploi au prix d'une mobilité forcée. Vous êtes libres de démissionner si ça ne vous convient pas...

Et, bien évidemment on ne parle pas des multiples sous-traitants d'Air France, bagagistes, manutentionnaires, femmes effectuant le nettoyage des avions entre deux vols... Qui au passage ont continué à travailler pendant l'épidémie sans masques, sans protections. « Aucune mesure spécifique ne s’impose » écrivait l’agence régionale de santé pour les aéroports pendant l’épidémie.

La faute au coronavirus ?

Évidemment, la crise actuelle a paralysé le transport aérien. Mais les capitalistes veulent qu'il redémarre le plus vite possible. De très gros intérêts sont en jeu. Outre le tourisme qui pèse 10% des profits mondiaux, le transport aérien est la clef de la rotation accélérée du capital. Des affaires mondialisées, où corruption et magouilles ne sont jamais loin.

Le plan actuellement proposé par le PDG Benjamin Smith était dans les cartons bien avant le virus. Un cabinet avait travaillé à l'automne, son rapport est resté secret. Il prévoyait un plan sur cinq ans. La crise est l'occasion de l'accélérer. Un gros enjeu pour ce PDG et ses mercenaires. Il vient de se faire voter par l'assemblée des actionnaires un bonus de 800 000 euros pour 2019, en plus d'un autre bonus de 2 millions d'euros par an versables en 2024, et aussi, en passant, 350 000 euros de frais professionnels pour l'année, voiture avec chauffeur, grand appartement au cœur de Paris, repas d’affaires... La belle vie !

 

Au menu du plan, transformer les emplois, casser ceux d'Air France et développer les sociétés low cost, Transavia en tête, contrôlées par la holding Air France/KLM.

-        Hors-d’œuvre : moins d'emplois et augmenter le temps de travail, la flexibilité des horaires dans une industrie qui travaille jour et nuit mais pas toujours régulièrement,

-        Plat principal : baisse des salaires, et des apprentis et stagiaires travaillant gratuitement qu’on n’embauche pas à la sortie.

-        Au dessert : précarité dans de multiples sous-sociétés et pour de nombreux salariéEs, du manutentionnaire au pilote, auto-entrepreneurEs uberisés, travaillant suivant la saison ou la semaine. Comme Ryan Air en est le modèle, domicilié dans un paradis fiscal bien sûr.

Les milliards prêtés à Air France, qui rapportent au passage un confortable 2% aux banques prêteuses (qui empruntent à taux zéro à la banque centrale européenne), vont servir non pas à sauver mais au contraire accélérer la destruction des emplois. Pour un taux de profit toujours plus élevé.

Sauver les emplois, sauver Air France

C'est l'enjeu qui a vu la naissance d'une nouvelle intersyndicale, réunissant pilotes, hôtesses et stewards, et personnels au sol. Avec une première date de mobilisation le vendredi 3 juillet, jour où Air France prévoit de nouvelles annonces aux syndicats réunis en CSEC.

Dans cette bataille, l'écologie est utilisée par le gouvernement pour détruire les emplois Air France, les low cost n'ont aucune contrainte. On ferme des lignes Air France et les low cost récupèrent les créneaux horaires. L'écologie nécessaire pour réguler le transport aérien, il est vrai très polluant mais utile, passe par la nationalisation et la planification de toutes les activités de transports, aérien, rail et route. Et l'interdiction de la précarité du travail.

Il faut un travail pour toutes et tous, partagé, et donc allégé, pour profiter de la vie ! Dans l’aérien comme ailleurs.

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