Aéronautique toulousaine : reprise irresponsable de productions loin d’être «essentielles»

Alors que lors de la première semaine de confinement, du 16 au 20 mars, la plupart des usines liées à la production aéronautique avaient cessé toute production, parfois sous la pression directe des travailleurs exerçant ou menaçant d’exercer leur droit de retrait, on a vu la semaine dernière se multiplier les tentatives de reprise de la production. La direction d’Airbus a fait pression sur ses fournisseurs et sous-traitants pour que leurs usines redémarrent.

L’objectif affiché d’Airbus était que 10 à 15 % du personnel de ces usines revienne sur site, ainsi que des ingénieurs et techniciens utilisant un logiciel trop lourd pour le télétravail mais aussi d’autres qui travaillent à la formation sur simulateurs des équipages (comme si la formation des équipages était prioritaire !).

De nombreux responsables auraient voulu que ceux qui avaient télé-travaillé la première semaine reviennent sur site mais ont dû finalement se contenter de leur imposer une téléconférence quotidienne, souvent sans grand intérêt (mais il faut bien affirmer son autorité...).

Airbus sait très bien qu’il ne peut faire repartir une production significative durant le confinement. Mais l’important serait d’être dans les starting-blocks au moment de la fin de celui-ci. Et ce alors même que beaucoup de compagnies aériennes, dont la trésorerie est mise à mal par le quasi-arrêt du trafic aérien, vont sans doute repousser leurs commandes... Mais, selon Médiapart (voir document en bas de cet article), il y a eu une consigne gouvernementale pour qu’Airbus, entreprise symbolique, reparte... ou au moins en donne l’illusion.

Alors la température des salariés est contrôlée et la distanciation imposée à leur arrivée sur les lieux de travail (ce qui provoque des files d’attente aux portes des ateliers) ; les équipes de production ne se croisent plus dans les usines ; les espaces de travail sont désinfectés pendant deux heures avant le changement. Mais les «ratés» ont été nombreux : mardi 24, à l’usine Airbus de Saint‐Eloi, les masques donnés étaient périmés et il a fallu renvoyer le personnel suite aux pressions syndicales. Le 30 mars, c’est dans un atelier de Blagnac que des travailleurs ont fait valoir leur droit de retrait.

En fait, à Airbus, ce sont quelques milliers de travailleurs, dont beaucoup de managers, qui sont venus à partir de mardi 24, plus pour essayer de mettre en place les mesures sanitaires qu’autre chose (gels, masques, mesures de distanciation). Officiellement, sur les chaînes d’assemblage, le paquet devrait être mis sur la livraison des avions quasiment finis à des compagnies... qui ne viendront, pour beaucoup, pas les chercher...

Chez Figeac-aéro il y a certes des caméras thermiques mais les pièces continuent à passer de main en main (usineurs, contrôleurs, expéditeurs) et le lavage régulier des mains semble une sécurité bien illusoire.

Latécoère communique qu’un tiers de ses salariés est revenu sur site mais ceux-ci ne peuvent pas utiliser en sécurité les vestiaires parfois très exigus... et donc retournent chez eux avec leur tenue de travail...

Et puis nombre de travailleurs ont été choqués par le fait qu’Airbus se réserve des dizaines de milliers de masques et des tonnes de gel afin d’essayer de donner l’impression qu’il se préoccupe de la santé de ses salariés, alors même que les personnels soignants, à quelques kilomètres des usines, en manquent toujours cruellement.

Sans parler des risques sanitaires évidents que génèrent les déplacements quotidiens de milliers de travailleurs dans l’agglomération toulousaine pour répondre à de sordides calculs patronaux.

Bien sûr le déplacement des congés posés avant le 16 mars est systématiquement refusé, comme si on pouvait considérer qu’être confinés chez soi correspondait à des loisirs ! Et grâce aux ordonnances du gouvernement qui permettent d’imposer la prise de RTT et autres congés compensatoires pendant la période de confinement, on commence à transformer des jours qui auraient dû être des jours de loisirs en jours de confinement. Et des travailleurs sont poussés à accepter les risques pour éviter de perdre, s’ils chôment, une part parfois importante de leur revenu.

A Airbus Avions les syndicats majoritaires ont déjà signé un accord scélérat pour permettre, lors de la fin du confinement, de rattraper le «temps perdu», avec heures sup à gogo... Ira-t-on un peu partout, à la fin du confinement, jusqu’aux 60 heures hebdo permises par les ordonnances gouvernementales, au détriment de la santé du personnel ?

L’argument pour tout cela est que «Quand Airbus tousse, toute la filière aéronautique s’enrhume» !

Il est repris par Chauzy, le président du Comité économique, social et environnemental régional, qui appuie à fond la direction d’Airbus. Ce serait pour le bien de tous (les centaines d’entreprises de la filière dans la région Occitanie comme leurs 90 000 salariés et au-delà, pour le bien de toute la région) !

Plus que jamais, face à des patrons irresponsables, les travailleurs de l’aéronautique doivent privilégier leur santé... et celle de toute la population, en restant chez eux aujourd’hui et en refusant de « rattraper » demain pour qu’Airbus puisse s’approcher de son objectif de livraison d’avions !

Licence créative commons

Nos articles sont publiés sous licence Créative Commons. Voir les détails.