Aéronautique : les patrons veulent faire payer la crise aux salariéEs

La pandémie du coronavirus a entraîné le quasi-arrêt d’un trafic aérien. Bien des compagnies aériennes, certaines menacées de faillite, demandent des reports de livraisons avant, sans aucun doute, d’annuler des commandes. Car le mythe d’une croissance continue du trafic aérien s’effondre : les experts doutent d’une reprise au niveau antérieur avant longtemps... Airbus a déjà annoncé la réduction d’un tiers de sa production.

 

Quelles conséquences pour l’emploi industriel ?

Alors que la direction d’Airbus avait déjà décidé d’arrêter les missions d’intérim, les CDD, les embauches et de dénoncer de nombreux contrats de sous-traitance, en particulier dans l’ingénierie, La Dépêche du Midi parle de 10 000 emplois menacés. Mais pas de confirmation lors du Comité Social et Économique Central de ce jeudi : le PDG reste dans le flou, parlant de « redimensionnement » et de mesures « radicales »... La seule annonce a été l’élargissement à tout le personnel d’Airbus Avions d’un chômage partiel d’environ 30 % jusqu’en décembre.
 
Des directions d’entreprises de la filière ont par ailleurs déjà montré que, selon elles, c’est aux travailleurs.euses de payer pour sauvegarder les profits :
- Daher a annoncé le 10 avril 3000 suppressions de poste (sur 10 000), dont 1700 intérimaires.
- Chez Derichebourg, la direction fait du chantage : perte du 13ème mois et des indemnités kilométriques en échange du report à septembre d’un plan de suppression de 700 emplois (sur 1650 en France).
- Dans les entreprises d’ingénierie, beaucoup des travailleurs sont en « inter-contrats », la plupart mis en chômage « partiel » à plein temps.
- Latécoère prévoit 50 % de chômage jusqu’à la fin de l’année.
 
Pour le moment ce sont l’État et l’Unedic qui payent l’allocation pour « activité partielle », donc les entreprises retardent les suppressions de postes. Mais qu’en sera-t-il quand on reviendra au système antérieur, dans lequel l’employeur devait participer (au-delà de 7,23 €/heure pour les entreprises de plus de 250 employés) ?
 

Non aux licenciements

Doit-on, par « réalisme », accepter les suppressions de poste dans l’aéronautique ? Pour nous, si la production baisse, il faut partager le travail entre tous. D’autant que les cadences n’avaient cessé de croître ces dernières années. Airbus, dominant le marché des avions commerciaux, a les moyens de passer ce « trou d’air » sans supprimer de postes.
Quant aux entreprises plus petites, si certaines sont en difficulté, elles le doivent souvent à la rapacité d’Airbus qui n’a cessé de réduire leurs marges... Les travailleurs de ces entreprises sont déjà souvent mal payés. Et il faudrait qu’en plus ils perdent leur emploi ?
Alors que le gouvernement a, par ordonnance, permis d’allonger le temps de travail jusqu’à 60 heures hebdo, c’est au contraire le partage du temps de travail entre tous et l’interdictions des licenciements qui sont à l’ordre du jour !
 

Et si la crise était l’occasion de réorienter la production ?

Avant même la pandémie actuelle, l’explosion du trafic aérien était déjà remise en cause, surtout pour sa participation au réchauffement climatique, même avec des avions moins gourmands en carburant.
Alors n’est-il pas temps de réorienter certaines usines vers la satisfaction de besoins plus urgents ? Thalès a reconverti en urgence des ateliers pour produire des respirateurs médicaux. Mais au-delà de reconversions ponctuelles, les travailleurs.euses doivent mettre leur nez dans les comptes de leurs patrons mais aussi dans les choix qu’ils imposent à la société au nom de la recherche effrénée du profit.

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