52e congrès de la CGT : un bilan et une orientation largement contestés

Après l’heureuse initiative à l’entrée du congrès, de la commission femmes mixité de l’Union syndicale de la Ville de Paris pour dénoncer le sexisme interne à la CGT, démarre le débat sur le rapport d’activité. Comme souvent, beaucoup d’interventions, sur un total de 29, se limitent à rendre compte de l’activité de différentes structures et ne portent pas le débat sur l’orientation confédérale.

Les interventions les plus notables et recueillant les applaudissements de la salle ont été portées par des camarades de différents secteurs : Des camarades du Val-de-Marne et de Sevelnord (métallurgie du Nord), des Bouches-du-Rhône critiquent des modalités de lutte mise en œuvre par la Confédé et responsables des échecs répétés. Une camarade de la fédération du spectacle s’appuyant sur les mobilisations des intermittentEs, construite sur la démocratie dans la lutte, critique la stratégie des grèves saute-mouton et affirme le caractère incontournable de la grève générale. Une intervention remarquée d’un camarade des Ports et docks de Nantes évoque la mobilisation contre la livraison d’armes à l’Arabie Saoudite. Plusieurs interventions du secteur santé dénoncent les conditions de travail et appelent à une mobilisation prolongée. Une intervention du secteur social de Saint Etienne du Rouvray appelle à la construction de la mobilisation sur les retraites. Et une traditionnelle intervention de comité de chômeurs des Bouches du Rhône a été soutenue par des applaudissements. Au total, le débat a été raccourci avec des interventions illustrant la vie syndicale ordinaire et plusieurs interventions critiques, essentiellement sur les modalités de lutte. 

Pour répondre au bref débat sur le rapport d’activité la direction confédérale a esquivé l’essentiel des critiques au prétexte que beaucoup portaient sur les luttes qui se sont déroulées depuis l’écriture du texte en novembre ! Pour la rapporteuse, tout va bien : malgré la multiplication des attaques, la CGT a organisé les résistances et il vaut mieux discuter des bilans, évitant ainsi les conclusions condamnant l’orientation sous prétexte que les problèmes seraient essentiellement liés à la façon de militer de la CGT, à ses dysfonctionnements internes.

Les résultats du vote sur le rapport d’activité, malgré les conditions du mandatement, de l’organisation des votes n’imposant des justificatifs que pour les votes « contre » et les abstentions, elles-mêmes non prises en compte dans les résultats, illustrent le maintien d’une forte contestation du bilan autour de 25% de « contre » et 15% d’abstentions. 

Le début d’après-midi a été laborieux avec la succession des rapports financiers, sur les cotisations et la commission financière de contrôle. On retiendra la baisse des effectifs de cotisantEs de plus de 30 000, à la fois chez les actifs/ves, chômeurs/euses et retraitéEs, des difficultés de remontées de cotisations, malgré le Cogetise, le taux de 1% de cotisation qui reste un objectif à atteindre, la rétention des cotisations, une pratique répandue, et les risques de contestation de la représentativité pour les structures en défaut toujours possible.

Le document d’orientation ne fait plus le plein des votes

La deuxième partie de l’après-midi a vu s’ouvrir le débat sur l’orientation centrée sur « le travail », autour d’un préambule et de cinq thèmes : la réalité du travail, le statut de celles et ceux qui travaillent, les luttes et la construction du rapport de force, la syndicalisation, les enjeux européens et internationaux.

Après des introductions confuses sur le préambule et le premier thème, le débat s’anime avec plusieurs interventions mettant en avant des luttes significatives. Des interventions dynamiques de camarades de Carrefour Bouches-du-Rhône, Fralib, une assistante maternelle, l’UL de Tourcoing et la CGT intérimaires sur la convergence avec les Gilets jaunes, la centrale électrique de Gardanne suscitant de chaleureux applaudissements. Plusieurs interventions autour des questions d’écologie et d’environnement.

Des interventions plus classiques sur les questions d’industrie et/ou d’élections professionnelles (Airbus, Ports et docks, presse, CARSAT, EPHAD, Orange, GMF). Une intervention combative d’un militant de l’aérien a provoqué un incident avec la présidence rigide de Laurent Brun qui, après avoir coupé la parole au délégué, s’est offert la première bronca hostile au bureau de congrès. En quasi conclusion de la journée, on a entendu deux interventions combatives d’un délégué de la CGT intérim et d’une déléguée du CHU de Lille. Elles ont mis en cause la tactique de lutte de confédération, avancé la nécessité de la grève, et dénoncé l’acharnement répressif du gouvernement.

À la reprise des débats mercredi matin l’ambiance se « réchauffe » avec un net soutien aux interventions combatives, plutôt critiques par rapport à l’orientation confédérale. Ainsi pour la camarade de la FERC demande un appel du congrès pour appeler à la manifestation du 2 juin des « mutilés pour l’exemple » et de développer une campagne contre la répression. Plusieurs interventions de camarades du Val-de-Marne (services publics, hôpitaux, et secrétaire de l’UD) ont insisté sur la nécessité d’une dénonciation plus claire du capitalisme, pour soutenir les Gilets jaunes. On a assisté également à une approbation enthousiaste de l’intervention du camarade de l’Inspection du travail de Seine-Maritime dénonçant les politiques patronale et gouvernementale en matière de santé au travail et de sécurité au travail et exigeant une stratégique confédérale combative, lutte de classe. Le bureau de congrès a réussi à mobiliser une large majorité de congressistes en coupant la parole au secrétaire de l’UD du Val-de-Marne. Enfin, la commission a refusé la prise en compte de différents amendements maintenus.

Robert Pelletier

 

Résultat du vote :

Inscrits : 603 948

VotantEs : 595 507 (98,60% des inscritEs

Exprimés : 540 571 (90,77% des votantEs) ; Blancs : 0 ; Nuls : 0

 

Abstentions : 54 936 (9,23% des votantEs) 

Pour : 372 874 (68,98% des exprimés soit 62,61% des votantEs) 

Contre : 167 697 (31,02% des exprimés soit 28,16% des votantEs) 

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