52e congrès de la CGT : La direction confédérale contient les opposantEs

Retour sur le 52e congrès de la CGT, qui s’est tenu à Dijon du 13 au 17 mai. 

Ce congrès confédéral était le premier à se tenir après la rétrogradation au second rang de la CGT dans la mesure de la représentativité. Même si ce résultat n’a pas bouleversé pas les rapport de forces sur le terrain, notamment dans les mobilisations, il rend visible une érosion aux causes multiples, dont la désagrégation des repères collectifs de classe et la casse de l’industrie lourde où la CGT était particulièrement implantée. Un affaiblissement confirmé par la baisse du nombre d'adhérentEs à 653 000 (- 43 000 entre 2012 à 2017).

Premier congrès également depuis la mise en place des lois El Khomri et du code du travail Macron. Si les effets n'en sont pas encore complètement connus, cela a d'ores et déjà conduit à un accaparement des équipes syndicales dans le cadre des négociations de mise en place de CSE, qui accentue le repli sur l’entreprise au détriment de l’interprofessionnel. Reste à mesurer les conséquences sur l'activité syndicale à long terme avec également la perte des moyens des CHSCT.

Un congrès dans le contexte d'une mobilisation prolongée des Gilets jaunes, qui met en lumière, entre autres, les faiblesses d'implantation des organisations syndicales hors des grandes entreprises et en zone rurale.

Dernier élément, et pas des moindres : la recherche de compétitivité internationalisée justifie la déclinaison « macronienne » du libéralisme autoritaire qui pense pouvoir se passer des corps intermédiaires en général et des organisations syndicales en particulier. De fait, c'est la capacité des syndicats à organiser et gagner des batailles qui est en question.

Les réponses de la direction confédérale

Si, depuis une décennie, les directions confédérales successives font le constat de l'affaiblissement de la CGT, les réponses proposées s'inscrivent dans une certaine continuité, dans le déni d'erreurs dans les orientations et les modalités d’action, avec une panne de projet politique depuis la prise de distance avec le PCF et l'affaiblissement de ce dernier.

Ainsi il faudrait recruter massivement et combler les déserts syndicaux pour pouvoir combattre réellement les plans patronaux et gouvernementaux, sans expliquer comment faire adhérer sur une ligne qui fait perdre toutes les batailles.

Ses substituts, le « Nouveau statut du travail salarié » et la « Sécurité sociale professionnelle », imaginés depuis 2006 pour répondre aux vagues de licenciements et à la précarisation des emplois, ne sont pas réellement pris en charge par les syndicats. Malgré un large déploiement de brochures, formations, remises à l'ordre du jour de chaque congrès, ces élaborations restent entre les mains de pseudo-spécialistes et sont fortement contestées par les structures combatives qui y voient une preuve de l'adaptation de la CGT aux réalités du monde capitaliste. Une contestation malheureusement repoussée lors de ce congrès notamment au travers du refus d'amendements proposant des mots d’ordres clairs et combatifs autour de l'interdiction des licenciements.

Une deuxième réponse est proposée au travers de la question de l'unité syndicale. Le « syndicalisme rassemblé », comprendre l’alliance avec la CFDT sur des revendications peu claires, mis partiellement à l'écart lors du congrès précédent et du texte d'orientation initial, est revenu à la surface dans le texte final. Ce n'est qu'après un forcing suscitant des remous que les amendements visant à sa suppression ont été officiellement rejetés.

Enfin, la troisième piste, les restructurations internes à la CGT pour une meilleure « offre » syndicale face au monde du travail d’aujourd'hui, continuent à susciter un refus organisé par de nombreuses structures. C'est ainsi que, devant le risque d'un échec lors du passage au vote, la direction a repoussé la proposition de renforcement des comités régionaux censés chapeauter politiquement les UL et les UD jugées incertaines car trop proches de la base. 

Des contestations importantes

Faute de droit d'organisation dans les débats, les oppositions à la ligne confédérale affleurent sur des thèmes et surtout des ambiances différenciées. Globalement, les interventions combatives, radicales, voir critiques sont plébiscitées à l'applaudimètre. La sélection, au travers du mode de mandatement des déléguéEs avec le choix de 80% de « primo-déléguéEs », produit un déroulement sensible à l'ambiance du moment, mais aussi à une (re)prise en main par les responsables de délégations lors des votes sensibles. Ainsi, si l'amendement proposant l'ajout de la Fédération syndicale mondiale (FSM), à la suite de la CES et de la CSI, comme organisations avec lesquelles la CGT doit « rechercher constamment l'échange et l’unité »,a été adopté sans que les résultats exacts soient connus, l’ensemble des résolutions ont été adoptées avec environ 70% de voix (60% en prenant en compte les abstentions).

Le dernier enjeu visible concernait composition de la Commission exécutive confédérale. Il illustre l'incapacité de la direction a accepter des ouvertures non complètement contrôlées, avec son refus de quatre candidatEs aux profils pourtant bien différents.

Le plus difficile est devant nous

Au total, tant sur les questions d'orientations que de structures, que de démocratie interne, la direction confédérale est dans l'incapacité de faire bouger les lignes. Le « légitimisme » et le conservatisme d'organisation frappent autant la confédération que les fédérations, voire certaines grosses structures d'entreprise ou territoriales, comme en témoigne le maintien d'une certaine méfiance par rapport aux Gilets jaunes. À l’inverse, de réelles évolutions sur les questions féministes, LGBT, ou l’antiracisme, voire l'écologie sont perceptibles. 

L'Appel du congrès donne de ce dernier une vision « gauche » mais sans qu'un véritable calendrier de mobilisations, que ce soit sur les retraites, l'hôpital ou contre la répression, soit préparé.

Robert Pelletier

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