En procès pour soutien au peuple palestinien !

Interview de Layli, sympathisant de la cause palestinienne, arrêté le 25 octobre lors du match d’Euro ligue de basket entre le Maccabi Tel Aviv et Chalon-sur-Saône… Il nous raconte ce qui s’est passé, des faits qui l’ont amené jusqu’au tribunal où son procès a eu lieu vendredi 9 novembre.
Dans quelles circonstances t’es-tu rendu à ce match ?
J’avais pris connaissance de cette rencontre par les réseaux sociaux, des militants qui soutiennent la Palestine avaient décidé de s’y rendre, alors comme je n’habite pas très loin, à Bourg-en-Bresse, j’ai décidé d’y aller moi aussi, pour exprimer mon désaccord avec la tenue de ce match. J’ai donc amené avec moi un drapeau palestinien, et m’étais vêtu d’un T-shirt appelant au soutien à la résistance du peuple palestinien.

Raconte nous ce qui s’est alors passé.
Tout d’abord, j’avais juste l’intention de brandir le drapeau de la tribune, mais j’ai bien vu qu’il se passait quelque chose d’un peu étrange, il y avait beaucoup de service d’ordre, et beaucoup de flics en civil dans 
la salle. Des spectateurs, venus comme moi pour affirmer notre soutien au peuple palestinien et qui ne faisaient que porter des T-shirts, ont été expulsés et embarqués. 
Alors, j’ai pris la décision de protester plus directement en entrant sur le parquet où se déroulait le match. Rien de plus. J’ai réussi à faire interrompre la rencontre pendant quelques secondes, puis j’ai été ceinturé et amené hors du terrain. Je pensais alors être expulsé de la salle, mais mes ennuis ne faisaient que commencer… Après avoir été ceinturé par le service d’ordre, on m’a menotté, frappé derrière la tête et conduit en garde à vue. Deux autres protestataires qui étaient restées dans les tribunes ont également été embarquées comme moi, sur ordre du SO spécial de l’équipe de Tel Aviv, dont certains membres étaient des agents du Mossad ! (NDLR : cette information citée à l’audience n’a pas été démentie).

Comment s’est déroulée cette garde à vue ?
Pendant les 24 heures de garde à vue, des questions revenaient sans cesse : es-tu venu seul ? Fais-tu parti d’un groupe de soutien à la Palestine, d’une organisation etc. ? Et surtout, on m’a sans arrêt signifié que je serai inculpé pour un délit grave, celui d’incitation à la haine raciale ! Ainsi brandir le drapeau palestinien serait accomplir un acte raciste… C’est vraiment n’importe quoi ! Ce drapeau est celui d’un peuple colonisé.
À l’issue des vingt-quatre heures de garde à vue, on a voulu me juger en comparution immédiate, ce que j’ai refusé pour pouvoir préparer ma défense. Curieusement le chef d’inculpation dont on m’avait menacé avait été transformé en délit de « hooliganisme » prévu dans le code du sport (NDLR : additif au code de procédure pénale depuis 2006). 

Qu’est-ce qui  t’a amené à te sensibiliser à la cause du peuple palestinien ?
J’ai fait plusieurs voyages en Palestine occupée, et j’ai pu constater par moi-même les conditions de vie de ce peuple : la colonisation dont il est l’objet depuis la création d’Israël, le mur de la honte qui enferme les Palestiniens dans des ghettos, et leur vole un peu plus de terres, les maisons détruites par l’armée d’occupation, le sort des enfants et des étudiants, qui pour aller à l’école ou à la faculté doivent passer les check-point d’humiliation. Mais je crois que je n’apprends rien en disant ça à tous ceux qui sont allés là-bas.
Propos recueillis par Alain Pojolat

Layli condamné !
Le procès de Layli s’est tenu vendredi 9 novembre au tribunal de grande instance de Chalon-sur-Saône. Plus de 200 personnes étaient venu lui apporter leur soutien par un rassemblement tenu sur les marches mêmes du Palais de Justice. À l’audience, visiblement embarrassé, le procureur de la République représentant l’État en la circonstance (aucune partie civile ne s’étant constitué), tentait dans son réquisitoire de dépolitiser les faits en invoquant le « code du sport » demandant une sanction pécuniaire de 3 000 euros dont 2 000 avec sursis et un an d’interdiction de stade (sic !). 
La plaidoirie de l’avocate de BDS Dominique Cochin remit les pendules à l’heure, notamment en démontrant brillamment combien les manifestations sportives internationales et la politique étaient liées. Elle citait entre autre exemple la coupe du monde de football de 1978 organisée en Argentine servant de paravent aux horreurs de la dictature militaire, ou les jeux olympiques de Mexico en 1968 où deux athlètes noirs américains, Tommie Smith et John Carlos, en levant leur poing ganté de noir sur le podium pendant l’hymne américain, avaient braqué les projecteurs sur le combat pour les droits civiques. 
Le tribunal a finalement condamné Layli à une amende de 1 000 euros avec sursis et 6 mois d’interdiction de stade…
A.P.

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