Sans-papiers : vers l’acte 3

Après la journée du 30 mai, le 20 juin, acte 2 des sans-papiers, a été un nouveau succès.

À Paris la manifestation, cette fois autorisée, a rassemblé des dizaines de milliers de participantEs. Le cortège venu de Montreuil est un des symboles de la dynamique en cours. Le 30 mai, près d’un millier de manifestantEs venuEs de Montreuil avaient été bloquéEs par la police un peu après la place de la Nation et n’avaient pu rejoindre les autres manifestantEs. Depuis, un collectif de sans-papiers de Montreuil s’est constitué, organisant plusieurs foyers de la ville. L’exemple se diffuse et des sans-papiers d’autres foyers autour de Montreuil se mobilisent. Le 20 juin, le point de départ de la manifestation à Nation avait notamment été choisi pour garantir que cette fois le cortège de Montreuil ferait la jonction.

Les sans-papiers dans leur diversité

C’est toute la diversité des situations des sans-papiers qui a commencé à devenir visible dans cette mobilisation.

Un cortège de sans-papiers maghrébins, dont une des représentantEs a pris la parole à la fin de la manifestation, a témoigné d’une autre réalité que celle des foyers, celle des sans-papiers vivant en France avec leur famille. Un représentant de la communauté bengladaise s’est aussi exprimé à l’arrivée devant les milliers de manifestantEs qui avaient envahi la place de Stalingrad. Un collectif de jeunes mineurs est en train d’établir la connexion avec les collectifs de sans-papiers existants.

Certains médias ont commencé à mettre en avant, sous la pression de cette mobilisation depuis le 30 mai, combien la crise sanitaire avait redonné une visibilité aux sans-papiers qui ont fait partie des « premiers de corvée ». Les livreurs de Frichiti, en grève pour leur régularisation étaient présents, appuyés par un cortège de la CGT, tandis que de nombreux sans-papiers, et centralement des femmes, témoignent comment elles ont été, pendant cette crise, privées de leur travail et de tout revenu.

Lors de la rencontre avec la marche pour Lamine Dieng, tué par la police en 2007 dans le 20e arrondissement, c’est un délégué du Collectif des sans-papiers du 20e qui a pris la parole pour dire que le racisme et les violences policières sont une dimension évidente de l’expérience des sans-papiers et que les collectifs de sans-papiers sont depuis des années présentEs aux côtés des autres victimes des violences de la police.

L’ampleur de cette manifestation à Paris prend place dans les plus fortes mobilisations depuis 1996 et l’occupation de l’église Saint-Bernard.

Mobilisations dans toute la France

Mais l’événement est aussi la mobilisation dans le reste de la France. Car des manifestations ont eu lieu dans de nombreuses autres villes, avec une présence de plus en plus importante des sans-papiers et migrantEs. À Marseille, une coordination des sans-papiers créée suite au 30 mai a appelé à une manifestation de 1500 personnes soutenue par des collectifs de quartier et des associations. À Lyon, plus d’un millier ont manifesté. À Rennes, 600 personnes ont bravé l’interdiction de manifester tandis qu’à Montpellier la manifestation a bien eu lieu quand la préfecture avait annoncé qu’elle « n’était pas autorisée ». Et puis il y a toutes les autres villes, trop nombreuses à citer : Lannion, Saint-Nazaire, Caen, Strasbourg, Clermont-Ferrand, Grenoble, Rouen, Nantes, Saint-Étienne…

Signalons que cette mobilisation pose aussi à tout le mouvement, de manière significative, la question des libertés, celle de la circulation des personnes… et celle, tout simplement, de manifester. À Paris c’est par un arrêté du préfet que la manifestation a été autorisée. Comme une dérogation. Manifester n’est plus un droit mais dépend du bon vouloir des autorités. À Lille le rassemblement organisé par le CSP59 et d’autres associations, qui appelaient à déboulonner la statue du colon Faidherbe a été attaquée à la fois par les fascistes et la police.

Maintenir la pression

Dans cette situation, l’enjeu est donc de ne pas laisser retomber la pression. Lors de sa réunion du lundi 22 juin, la Marche des Solidarités a décidé de préparer un acte 3 du mouvement.

Il s’agit désormais de multiplier les lieux d’organisation des sans-papiers et migrantEs dans tous les foyers, dans toutes les communes et départements et d’amplifier la mobilisation de la société aux côtés des sans-papiers.

Mobilisations locales, actions, participation, pour la région parisienne, aux manifestations pour le logement du 11 juillet et au côté du comité Adama le 18 juillet, font partie des échéances tout comme une manifestation le 22 août pour la commémoration de l’occupation de l’église Saint-Bernard en 1996.

Et des contacts vont être pris avec le mouvement sur tout le territoire pour envisager la perspective d’une marche nationale partant de différentes villes, une marche pour l’égalité et la régularisation de touTes les sans-papiers et migrantEs, une marche vers l’Elysée.

 

 

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