Sélection à l’université : vers un mouvement d’ampleur dans la jeunesse ?

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Est-ce la jeunesse qui ébranlera Jupiter ? C’est la question que l’on peut se poser après la première journée de mobilisation nationale contre le « plan étudiants » jeudi 1er février dernier. En effet, dans de nombreuses facs et lycées, les jeunes ont entamé une grève contre la dernière réforme antisociale du gouvernement Philippe, qui veut instaurer la sélection à l’entrée de l’université.

Ce n’est pas la première fois que le gouvernement français tente d’imposer la sélection à l’entrée de l’université. Deux tentatives ont marqué l’histoire : celle d’Alain Peyrefitte, qui propose en avril 1968 la sélection à l’université sur la base des mentions obtenues au bac ; mai 1968 balaiera la proposition. L’autre tentative, en 1986, est celle d’Alain Devaquet, mort il y a quelques jours, qui voulait laisser aux universités le choix de leurs critères de sélection : des centaines de milliers d’étudiantEs manifestent et obtiennent le retrait de la loi.

Ce n’est qu’un début

Emmanuel Macron est peut-être en train de rentrer dans cette histoire. C’est en tout cas ce que souhaitent les milliers de lycéenEs et étudiantEs qui ont manifesté jeudi 1er février dernier dans toute la France contre le « plan étudiants ». Encore une fois, le gouvernement souhaite faire passer la sélection à l’entrée de l’université, via l’instauration de prérequis, mais souhaite aussi réformer en profondeur l’enseignement supérieur. En effet, derrière ces « prérequis », il s’agit de donner aux directions des universités le droit de choisir leurs critères de sélection, et donc de créer des « pôles d’excellence » très sélectifs aux coûts d’inscription élevés, tout en reléguant le reste des étudiantEs dans des facs poubelles. 

Mais beaucoup ne l’entendent pas de cette oreille : à Toulouse, plus d’un millier d’étudiantEs et de personnels du Mirail se sont réunis en assemblée générale (AG) après un blocage qui a arrêté le fonctionnement de la fac. À Tolbiac, ce sont 600 étudiantEs qui ont commencé une grève aux côtés de leurs enseignantEs ; 400 à Rennes 2 ; 250 à Nantes ; 150 à Lille 2, Paris 8, Montpellier… Du côté des lycées, le nombre de blocus est tout aussi important : à Marseille, Rouen, en banlieue parisienne et dans la capitale, de très nombreux lycéenEs ne sont pas allés en cours, pour manifester aux côtés de leurs enseignantEs contre la nouvelle plateforme Parcoursup’ (qui remplace APB). C’e sont 20 000 à 25 000 étudiantEs et lycéenEs qui ont défilé dans toute la France, avec la particularité de retrouver, dans les cortèges, une détermination qui a envoyé un message simple au gouvernement : « ce n’est qu’un début ». 

Construire et amplifier la grève

Dans le paysage national, une université détonne dans le paysage : l’université de Toulouse 2 le Mirail. En effet, alors que les étudiantEs et personnels avaient déjà entamé une grève importante en décembre contre la fusion de leur fac avec Paul-Sabatier, le plan étudiants a décuplé la colère des étudiantEs. « Même pendant la loi travail, les étudiants ne s’étaient pas autant mobilisés, d’autant plus qu’ils sont soutenus par 250 personnels administratifs qui sont en grève » explique Marina, militante au NPA-Jeunes. C’est d’ailleurs un comité de mobilisation puissant qui organise toute la grève sur la fac, entre la nécessité de l’étendre à la majorité des étudiantEs, mais aussi organiser les manifestations, et les blocages qui tendent un rapport de forces déjà dur avec la présidence, malmenée depuis son non-respect du vote sur la fusion des universités. 

Mardi 6 février a eu lieu une -deuxième mobilisation nationale, à l’appel des enseignantEs du secondaire (SNES, FO, CGT, Sud Éducation), auxquels se sont joints les étudiantEs. D’ores et déjà, il s’agit de construire une mobilisation dans la durée. Philippe Poutou soulignait en avril 2017 la nécessité que les jeunes et les salariéEs « prennent leurs affaires en main » : c’est bien ce qu’il faut faire face à un gouvernement qui veut attaquer les acquis du mouvement étudiant. Prendre ses affaires en main signifie aujourd’hui non seulement descendre dans la rue, mais aussi construire une grève capable de faire reculer Emmanuel Macron et Frédérique Vidal. Là où ils utilisent ordonnances et procédures accélérées pour faire passer leurs lois scélérates, les assemblées générales et les comités de mobilisation doivent devenir les instances d’une autre démocratie, qui corresponde aux intérêts des enseignantEs et des étudiants et non aux intérêts du CAC40. 

Construire la grève et l’amplifier : voilà l’objectif que doivent se fixer les étudiantEs, en prenant appui sur toutes les initiatives qui permettront de durcir le rapport de forces avec l’exécutif. Dans ce sens, l’appel venu de l’université de Toulouse à une grande journée de mobilisation le 14 février, date de la présentation de la réforme du bac par Blanquer, doit être l’occasion de faire frémir celles et ceux qui veulent détruire l’université.

George W.

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