Sélection à l’université : Le CAC 40 décidera du nombre de places dans les filières

Jeudi 15 février, l’Assemblée nationale et le Sénat ont successivement adopté le projet de loi du gouvernement instaurant la sélection à l’université. 

Les Républicains avaient déposé de nombreux amendements, mais tous n’ont pas été acceptés. Cependant, un d’entre eux radicalise particulièrement le projet de loi : les sénateurs LR avaient voté un amendement permettant au recteur de fixer les capacités d’accueil en licence en fonction des « débouchés professionnels ». Sur le moment, les sénateurs En Marche et le gouvernement s’étaient offusqués d’un tel amendement, comme si l’on pouvait encore croire que mettre les universités au service du CAC 40 n’étaient pas leur objectif… 

Le « plan étudiants » adopté

Mais en Commission mixte paritaire (CMP, chargée de proposer un texte de consensus après les discussions à l’Assemblée et au Sénat), LREM a accepté de bonne grâce l’amendement, en le modifiant de manière à mimer une opposition : ce n’est plus le « taux d’insertion professionnelle » mais les « perspectives d’insertion professionnelle » que le recteur devra prendre en compte pour déterminer le nombre de places disponibles. On ne peut que se demander comment les perspectives d’insertion seront définies… si ce n’est pas le taux d’insertion professionnelle ! Quoi qu’il en soit, les universités sont maintenant, de manière décomplexée, au service du Capital pour leur fournir la main-d’œuvre dont elles ont besoin.

Pour ce qui est du socle central de la loi, la CMP n’a en revanche rien souhaité changer : la loi ORE, qui est maintenant en vigueur, instaure toujours la sélection en L1 pour les bachelierEs et les étudiantEs qui se réorientent, maintient la mise en concurrence entre universités via les prérequis locaux ainsi que la fin du régime étudiant de sécurité sociale. La fin de la compensation, les exceptions pour les facs de médecine permettant l’interdiction du redoublement, la licence modulable, ParcourSup et le contrat de réussite pédagogique sont désormais appelés à faire partie du quotidien des futurs bachelierEs et des étudiantEs inscrits à l’université. 

La bataille continue : objectif 22 mars !

Cependant, rien n’est encore perdu face au plan étudiants et la réforme du bac, son pendant dans le secondaire. Tout d’abord, l’adoption de la loi ne suppose pas que son retrait est impossible : en 2006, le CPE avait été adopté avant d’être retiré sous la pression de la mobilisation des étudiantEs et des travailleurEs. Le week-end dernier, la Coordination nationale de l’éducation a décidé d’un calendrier de mobilisation destiné à poser les possibilités d’un affrontement à large échelle contre le gouvernement. Ainsi, la date du 22 mars commence à s’imposer comme une date de convergence entre tous les secteurs mécontents de la politique de Macron : à côté des lycéenEs et étudiantEs, les enseignantEs du secondaire et du supérieur, mais aussi toute la fonction publique, appelée à manifester et à se mettre en grève contre les annonces gouvernementales. Les cheminotEs sont aussi appelés à faire grève contre les préconisations du rapport Spinetta qui veut avancer vers la suppression du régime spécial cheminots. C’est donc une potentielle date de mobilisation de masse qu’il s’agit de préparer le plus offensivement possible. C’est pourquoi la CNE a voté une date de grève et de manifestation nationale le 15 mars, une semaine avant, pour pouvoir préparer le terrain après un mois de vacances scolaires qui met partiellement en sommeil le mouvement lycéen et étudiant. 

Contre l’université « start-up nation »

Car derrière la réforme de l’entrée à l’université et la réforme de la licence, ce n’est pas seulement des acquis comme l’entrée libre dans le supérieur qui sont menacés, mais c’est surtout une nouvelle université que Macron souhaite faire émerger. Trois mesures du plan étudiants structurent cette université « stat-up nation » que le gouvernement veut mettre en place : les prérequis locaux, qui permettront aux universités de sélectionner de façon beaucoup plus exigeante ; la définition des places en fonction des débouchés professionnels évoquée plus haut, ainsi que l’instauration de licences modulables. 

Avec ces trois éléments, il s’agit de légaliser et renforcer une université à plusieurs vitesses, avec des « pôles d’élite », où la sélection sera très dure, mais où les diplômes vaudront beaucoup plus sur le marché du travail. À cette augmentation de la valeur du diplôme, le gouvernement veut associer une augmentation des frais d’inscription, pour leur faire atteindre, à moyen terme, de 4 000 à 8 000 euros. À côté de ces facs d’élite destinées aux futurs cadres des entreprises, on aura des facs poubelles, presque gratuites, mais dont les diplômes ne vaudront rien, destinées à donner l’apparence de la préservation du « droit à l’éducation ». Au-delà de la sélection, c’est à cette nouvelle université, beaucoup plus fonctionnelle aux besoins du patronat, que nous devons nous attaquer. Une université où le CAC 40 décide des cours et des diplômes utiles et qui supprime les autres, une université où les enfants de classes populaires auront une licence chômage. 

G.W.

 

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