Reprendre le chemin de l’école le 11 mai : un pari risqué sur le dos des enfants, des enseignantEs et des personnels de santé

Tous les personnels de santé ont été très surpris par l’annonce de la réouverture des écoles. Surpris et choqués tout simplement parce que du point de vue médical tout allait dans l’autre sens, c’est-à-dire le report.

C’est un pari extrêmement risqué que prend Macron. Un pari où ce sont les salariéEs, les enfants, les parents et les personnels de santé qui prennent tous les risques et où ceux qui gagnent sont les employeurs qui auront des travailleurs libérés puisqu’ils n’auront plus leurs enfants à garder.

L’histoire du confinement pour l’éducation nationale, c’était l’idée que les enfants allaient disséminer le virus dans la population et dans les différentes tranches d’âge (adultes qui les encadrent, parents et grands-parents qui les gardent) et que c’était un formidable incubateur.

Pour ce gouvernement, c’est leurs profits plutôt que notre santé !

Peut-être que, pour le Covid, c’est différent. Une étude de la société française de pédiatrie démarrait hier : 300 enfants avec des signes Covid, 300 qui n’en ont pas. Cette étude doit permettre d’évaluer combien sont porteurs, combien sont asymptomatiques, etc. Ça va durer un mois, mais aujourd’hui nous n’avons aucune idée du résultat. Par conséquent, Macron a pris ce pari sans aucune base médicale. La seule base qu’il a est bien de répondre au Medef dont le président a déclaré depuis sa résidence du Croisic qu’il faudrait travailler plus dans le monde de demain et surtout repartir au boulot rapidement. 

Donc des dizaines de milliers d’enfants vont être ensemble dans les transports en commun, dans les bus, dans les restaurants scolaires (alors qu’on n’aura pas le droit d’aller dans les restaurants tout court). Tout ça avec beaucoup de difficultés pour tenir les gestes barrières, surtout dans les classes surchargées, donc d’autant plus dans les quartiers populaires. C’est un pari risqué qui fait que la mesure de Macron est scandaleuse. On comprend bien que beaucoup de parents ne veulent pas envoyer leurs enfants à l’école dans ces conditions et que beaucoup d’enseignants disent « on n’y sera pas ».

Leur réouverture et la nôtre !

Par contre, il faut entendre une chose, même si c’est scandaleusement utilisé par Macron : les difficultés du confinement, notamment dans les classes populaires, sont une réalité incontournable. Il faut l’entendre, mais pour lui renvoyer à la figure : celui qui ferme des classes, celui qui ferme les aides spécifiques aux enfants handicapés voudrait nous faire gober aujourd’hui qu’il se préoccupe des classes populaires ? 

Sa réouverture des écoles, celle qui doit servir à ce qu’on retourne travailler, on n’en veut pas. Par contre, une reprise de l’école qui permette le retour dans de bonnes conditions, qui permette les gestes barrières, qui permette le port des masques, on est preneur. On est preneur d’un déconfinement qui permettra d’exprimer nos colères et qui permettra de nous remettre ensemble.

Ça veut dire dédoubler les classes, embaucher des enseignants, embaucher des personnels, dédoubler les bus. Leur déconfinement, leur retour à l’école pour aller bosser, beaucoup n’en veulent pas. C’est le moment d’exiger, au nom de l’épidémie, au nom de la solidarité, des moyens pour une école protectrice qui ne refasse pas démarrer l’épidémie.

Le risque de la deuxième vague

La situation internationale est compliquée, mais il est clair que nous sommes seulement face à la première vague du virus : il n’y a pas d’immunité collective, il n’y a pas de traitement, pas de vaccin. Si on déconfine trop rapidement, il y a un risque de deuxième vague.

En Asie et notamment en Chine, au prix de beaucoup plus de morts (rien qu’à Wuhan où on annonce officiellement 3000 morts mais c’est très probablement près de 30 000 morts), le système de santé a permis de passer la première vague. En France, le pic de pandémie est passé avec plus de 30 000 personnes qui sortent des hôpitaux et des services de réanimation qui sont passés de 5 000 à plus de 10 000 lits.

Notre système de santé qui coûtait un pognon de dingue a tenu. Il n’a pas tenu grâce à Macron qui n’a pas annoncé une embauche de plus, pas un lit de plus, à peine 8 millions d’euros : 4 millions d’euros pour les masques et 4 millions d’euros pour les primes pour les personnels en contact avec le Covid. 

Si le système a tenu, c’est grâce à la formidable mobilisation des personnels soutenus par la population, mais qui sont crevés et qui mettent leur vie en danger. À l’AP-HP, il y a 3 000 personnes testées positives au Covid et 3 décès. Qui ? Une aide-soignante, un électricien, un webmestre, des gens qui ne toucheront pas forcément la fameuse prime Macron et qui ne sont pas forcément non plus dans les services Covid+ où il y a eu un peu plus d’afflux de masques et de sur-blouses que dans les autres services. 

L’hôpital a tenu en pressurant les personnels, en sucrant les RTT, en imposant des horaires de dingue, en interdisant les droits des salariés (à l’AP-HP, un CHSCT ne va se tenir que maintenant…).

Cette première vague n’est pas suivie d’une décroissance rapide, mais par un plateau qui ne décroit pas vite et on a encore enregistré 760 décès hier. Un déconfinement rapide peut engager une deuxième vague et remettre les hôpitaux au bord du précipice.

Une pandémie mondiale qui se fout de leurs frontières !

Et puis, il n’y a pas que la France ! Aux USA, l’absence de droits sociaux fait qu’en quelques semaines, il y a eu 24 000 morts. 10 millions de personnes perdent leur droit à l’assurance chômage et devront choisir entre se soigner ou continuer à bosser. Les gens les plus pauvres, les latinos, les gens d’origine africaine sont les plus touchés. En Équateur, on annonce officiellement 300 décès. Mais simplement à Guayaquil, plus de 800 personnes ont été trouvées abandonnées dans les maisons. Le système de santé a explosé et des gens meurent aussi de faim. 

Le visage de l’épidémie et le déconfinement, on ne peut pas l’imaginer seulement à travers nos frontières nationales ou même européennes. Le virus se fout des frontières. C’est toujours le segment le plus fragile de la société qui se brise.

Les plus fragiles ? En France, nous les trouvons dans les centres de rétention, les prisons. Ce sont les personnes les plus fragiles, les plus âgées, les personnes qui n’ont pas d’accès aux soins et pour lesquelles il est difficile de se soigner. Dans le monde, ce sont les peuples du Sud, privés de soins depuis des années. Le visage de l’épidémie de demain, il se détermine aussi au niveau de ce que sera l’épidémie en Afrique et en Amérique Latine. On ne pourra pas vivre avec des frontières fermées pendant des années, celles des inégalités et de l’impérialisme.

Face à ça, nous avons affaire à un criminel, Donald Trump, qui ose dire qu’il ne faut plus subventionner l’OMS. Quant à Macron, il dit simplement « on va supprimer la dette du Tiers Monde » comme si c’est nous qui aidions les peuples du Tiers Monde, alors qu’on sait que quand 1$ d’aide arrive en Afrique, il y a 5$ qui partent de l’Afrique vers les pays riches : c’est le Tiers Monde et l’Afrique qui nous aident. Il faut un transfert massif d’aides et de technologies. Il ne s’agit pas de choisir entre « sauver la Corrèze et sauver le Zambèze » comme disaient certains. C’est tous ensemble qu’on pourra se sauver.

Annulation de toute la dette du Tiers Monde, transfert massif de moyens pour les peuples du Sud, c’est le minimum de ce qu’on peut exiger aujourd’hui, pas seulement par solidarité mais parce que nous sommes une seule planète, qu’il y a partout un seul virus et que c’est nos anticorps sociaux qui nous permettront de nous en sortir.

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