Rectorats de Caen et Rouen : « La fusion, c’est toujours non ! »

Toutes les semaines, les agentEs du rectorat de Caen donnent un concert un peu spécial sous les fenêtres de leur direction. Casseroles, caisses d’archives, sifflets, cornes de brume, tout est bon, du moment que ça fait du bruit. 

Pourtant, il y a encore quelques mois, personne n’aurait parié que ces salariéEs en charge de l’administration de l’Éducation nationale pour la région se rebelleraient.

Depuis la fusion des deux régions Haute-Normandie (Rouen) et Basse-Normandie (Caen) en une Normandie réunifiée, toutes les administrations suivent le mouvement afin de supprimer des emplois. Au rectorat de Caen, 129 des quelque 400 salariéEs sont menacés de perdre leur poste. Et il est évident pour tout le monde que le jeu de bonneteau entre les services partant pour Rouen et ceux qui feront le trajet en sens inverse ne suffira pas à recaser tout le monde. 

Mépris tout macronien

Alors que la fusion est annoncée, depuis des mois, pour septembre prochain, ils et surtout elles (deux tiers au moins des agents sont des agentes) ne savent toujours pas ce qui va leur arriver. Un jour, on annonce aux unEs qu’il faudra changer de métier et aux autres qu’ils et elles peuvent chercher du travail ailleurs… et le lendemain c’est presque l’inverse ! La direction se veut rassurante : pour que ça se passe bien, elle a recruté un DRH dans le privé qui poussera le plus possible d’agentEs hors de la fonction publique… 

Ce mépris tout macronien a eu au moins une vertu. Grâce à lui, des employéEs qui ne s’étaient jamais adressé la parole se sont rencontrés, ont partagé leurs angoisses (Déménager ? Changer de métier ? Perdre les quelques droits attachés au statut de fonctionnaire ?) et leur révolte. Des gens qui n’avaient jamais lutté se sont mis en grève, se sont serré les coudes quand la secrétaire générale, ne supportant pas d’avoir été huée en compagnie du recteur, a annoncé des sanctions (avertissements, retrait d’un jour de salaire), ont obtenu le retrait de ces sanctions, et continué de manifester… masqués – c’était le jour du carnaval étudiant.

Le recteur a été poussé à la démission et remplacé fin mars. Il faut dire qu’il avait évoqué publiquement ses efforts auprès du ministre pour repousser la fusion au moins d’un an. La nouvelle rectrice annonce qu’elle maintient le cap… dans des termes qui, à l’heure où nous écrivons, confortent les agentEs dans leur volonté de lutter. Une fois les vacances de Pâques terminées, la rentrée sera chaude...

Correspondants

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