Précaires de l’université à Toulouse Jean Jaurès : pas de confinement pour les luttes

Le confinement est tombé dans une situation de luttes éparses mais généralisées dans les universités. À Toulouse Jean Jaurès la mobilisation contre la réforme des retraites se combinait avec la grève des salariéEs de l’entretien et le début d’une mobilisation contre le projet de loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR). En parallèle, depuis le mois de décembre un collectif de précaires (vacataires, chargés de cours etc.) avait engagé une mobilisation pour améliorer les conditions de travail.

Une rétention des notes qui révèle le poids des précaires dans l’enseignement supérieur
Le collectif avait initié une rétention des notes du premier semestre dès avant les vacances de noël. Plusieurs enseignantEs-chercheurSEs statutaires ont rejoint ce mouvement, mais ce sont essentiellement les précaires qui l’ont porté. Le nombre important d’UE concernées a révélé crument le poids des précaires dans l’enseignement de la Licence au Master.

La présidence de l’université a d’abord fait le choix du pourrissement en ne répondant pas aux revendications, en repoussant la date limite de dépôt des notes et en espérant que la pression des étudiantEs suffirait à forcer les précaires à rendre les notes, le vieux chantage à la « responsabilité ». Las, le mouvement a tenu et plusieurs collectifs d’étudiantEs mobiliséEs ont apporté leur soutien aux précaires. Les notes des étudiantEs en Erasmus ont été collectées et rendues pour éviter de les pénaliser.

Maintenir une stratégie collective dans le confinement

Avec la fermeture de l’université la présidence a changé de stratégie, comptant sur la désorganisation des collectifs de lutte. Les pressions individuelles se sont multipliées allant des appels à la responsabilité (pour ne pas « stresser » les étudiantEs déjà affectéEs par le confinement) à des menaces plus directes (menace de ne pas réembaucher l’an prochain ceux qui participent à la rétention, menace de ne pas verser les salaires…). Certains enseignantEs chercheurSEs qui soutenaient le mouvement ont fait le choix à ce moment-là de rendre leurs notes laissant les précaires seulEs face à la présidence.

Malgré ça, les précaires ont tenu et ont réussi à s’organiser collectivement pour résister à ces pressions. Des réunions en ligne régulières permettent des échanges et des collectifs intermédiaires par département s’articulent avec le collectif réunissant l’ensemble des précaires de l’université.

L’arrivée de la clôture des dépôts de dossier sur ParcourSup a évidemment tendu la situation. L’université a alors fait le choix de l’épreuve de force en proposant une rencontre aux précaires, mais après la date limite de dépôt : un véritable chantage visant à désarmer le collectif avant toute négociation.

Déclarer les notes perdues et réorganiser des examens en plein confinement ?

S’ajoutait à cela une nouvelle menace visant cette fois directement les étudiants : les notes qui ne seraient pas rendues à temps seraient déclarées perdues et de nouveaux examens seraient organisés ! Totalement impensable alors que le confinement rend déjà impossible la tenue des examens du second semestre dans des conditions correctes.

Là encore, la réaction collective des précaires a pris de cours la présidence : une partie des notes a été déposée pour éviter cette issue inacceptable, mais la pression s’est maintenue jusqu’à la rencontre avec la présidence.

Cette rencontre a finalement permis d’obtenir une série d’avancées : les précaires ont donc obtenu un local (un peu ironique en plein confinement, mais réellement utile pour s’organiser et être visible à l’échelle du campus) ; la promesse de l'exonération des frais d'inscription pour les doctorant-es assurant un certain nombre d'heures de cours ; une promesse d'amélioration du traitement administratif des dossiers, l'étalement sur sept mois des paies (au lieu d’un paiement tous les 6 mois) et la mise en place d'un calendrier pour structurer les discussions et travailler à une amélioration des situations.

« Nous avons cessé d'être invisibles et inaudibles, et l'équipe présidentielle s'est engagée à entamer sérieusement ce chantier de lutte contre la précarité »
Cette lutte a permis de rendre évident le fait que les précaires sont au cœur du fonctionnement de l’université. Elle a aussi brisé le mécanisme bien rodé qui reporte tous les problèmes à l’échelon national, exonérant les présidences d’université de toute responsabilité. Comme le disent les précaires dans un communiqué daté du 6 avril 2020 : « nous avons cessé d'être invisibles et inaudibles, et l'équipe présidentielle s'est engagée à entamer sérieusement ce chantier de lutte contre la précarité ».
De nombreuses choses restent à régler : la contractualisation, la mensualisation, le retour au service de 25 heures ; l'embauche de personnels dédiés à la gestion des dossiers des précaires pour assurer un suivi correct de situations souvent complexes et un traitement rapide des dossiers de chômage par exemple.

La lutte continue après ces premières avancées, avec un collectif qui reste soudé et solidaire : « Sur la base de ces premières avancées, nous avons collectivement décidé le 2 avril d'enregistrer les notes du premier semestre qui étaient encore retenues. Notre mobilisation ne s'arrête pas pour autant : nous restons déterminéEs et convaincuEs que c'est par une lutte collective que nous améliorerons nos conditions de travail. Nous le savons, c'est à tous les niveaux de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche qu'il faut lutter contre la précarité. »

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