Macron l’avait promis : « L’université, ce n’est pas pour tout le monde »

Au fur et à mesure que les résultats de Parcoursup tombent, et alors que nous sommes à une semaine du bac, on commence à comprendre plus profondément la réalité de ce que donne l’algorithme qui était censé faire des miracles après APB.

Dès les premiers résultats, une chose est apparue comme déterminante : le lycée d’origine. Ainsi, au cours de nombreux reportages, des enseignantEs d'université ont avoué pondérer les notes des dossiers scolaires avec un coefficient censé donner le « niveau » du lycée. D’où de grandes inégalités dans les taux d’élèves n’ayant aucune réponse positive trois semaines après les premières réponses. 

Sélection sociale, sélection géographique

Mais le tri social à l’entrée de la fac ne s’arrête pas à un coefficient censé trier les lycéenEs de banlieue et les élèves de Henri-IV. En effet, si la loi prévoyait des taux minimum de boursierEs censés avoir des places « réservées » à la fac, on s’aperçoit maintenant que ces taux présentent d’énormes disparités. Ainsi, quand la fac de Paris 13 Villetaneuse doit accueillir 15,4 % d’élèves boursiers (taux fixés par le recteur), la fac de Paris 3 Sorbonne-Nouvelle ne doit en accueillir que 3,7 %, et 5,6 % pour Paris 2 Assas ! Des inégalités qui visent à accentuer la différenciation entre des « facs d’élite » et des « facs poubelles », ces dernières se trouvant, pour la région parisienne, évidemment en grande banlieue.

De surcroit, les facs parisiennes ont mis des quotas d’élèves hors académie (donc hors Paris) très faibles, excluant ainsi les élèves de banlieue. Certaines licences, comme celle de chimie à Paris Diderot, accueillaient 40 % d’élèves hors secteur l’an dernier. Le nouveau logiciel a réduit cette proportion à… 3 % ! Pour une réforme qui a été vendue sous les auspices de « la méritocratie », que penser du fait qu’unE élève habitant le 7e arrondissement et ayant 10 de moyenne soit prioritaire sur unE lycéenE de Bobigny qui aurait 16 de moyenne ? Une fois encore, l’argument de la « méritocratie » est utilisé pour faire passer des réformes qui sont toutes plus injustes les unes que les autres.

Passer le bac sans avenir : l’innovation de Vidal

Pour encore beaucoup de lycéenEs, la rentrée est une grande inconnue : nombreux sont celles et ceux qui ne savent pas où ils devront aller l’an prochain, attendant que les vœux se « libèrent ». Une situation d’autant plus stressante en période de bac. À quoi bon passer son bac si on n’a pas d’avenir, demandent certainEs lycéenEs sur Twitter, qui ont peur de devoir quitter l’enseignement supérieur à bac + 0. Une peur partagée par les très nombreux lycéenEs qui n’ont pas eu un des vœux qu’ils et elles souhaitaient et qui doivent commencer leurs années post-bac par des études dont ils et elles ne veulent pas.

Comble de la situation, l’État a déjà prévu le coup, et Pôle Emploi commence à préparer ses salariéEs à gérer les conséquences de l’échec de la nouvelle plateforme d’orientation post-bac, à savoir des milliers de lycéenEs qui n’auront eu aucune affectation. On a ainsi appris dans le Républicain lorrain (1er juin) qu’à Metz les équipes locales de direction avaient lu une note aux employéEs expliquant qu’ils et elles allaient faire face à un afflux exceptionnel d’inscriptions en septembre. Témoignage d’un représentant syndical : « On va demander des explications. Une telle anticipation n’est pas anodine. Cela veut dire que le gouvernement s’attend à ce que nombre d’étudiants restent sur le carreau ». Quel message plus méprisant aux lycéenEs les plus précaires ? Vous avez beau être boursier, avoir un bon dossier scolaire… si votre lycée et votre département ne conviennent pas aux canons, vous pouvez vous retrouver à travailler à McDonald’s à plein temps. Face à cette situation, la rentrée pourrait s’annoncer chaude. De nombreuses organisations politiques et syndicales préparent cette éventualité, en recensant notamment les étudiantEs « sans-fac ». Un suivi qui va être plus que nécessaire quand on sait l’état de délabrement des services universitaires, ruinés par des années de disette budgétaire. 

Georges Waters

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