Lycée Arago : face à la mobilisation lycéenne naissante, le gouvernement réprime à tout-va

À l’initiative de plusieurs lycéenEs d’Arago, une centaine de manifestantEs avaient décidé, après la manifestation du 22 mai d’occuper ce lycée, situé place de la Nation, dans l’optique de contester collectivement la sélection à l’entrée à l’université et les résultats désastreux qui venaient d’être publiés sur le site de Parcoursup, laissant près d’unE lycéenE sur deux sans établissement pour la rentrée.

Après quelques minutes, les policiers ont encerclé le bâtiment et expulsé violemment les occupantEs. Parqués dans des cars sans fenêtres ni lumière pendant plusieurs heures, ces dernierEs ont finalement été transférés dans plusieurs commissariats de Paris et d’Île-de-France. 

Gardes à vue et violences

Vers 20 h 30, les vérifications d’identité se sont transformées en gardes à vue (GAV) : le début d’une escalade répressive qui a, pour certainEs, duré jusqu’à 72 heures. Les témoignages sont plus qu’éloquents quand à la volonté de briser la détermination des lycéens. 

Durant la garde à vue, les officiers de police se sont tout simplement adonnés à une violence « anti-gauchiste », leur faisant par exemple remarquer que les « black blocs font moins les malins quand ils sont tous seuls », les menaçant régulièrement de les « lever en l’air », autrement dit de les frapper. Cela a d’ailleurs fini par être le cas pour un militant qui s’est violemment fait gifler en attendant son transfert. Victime de violences sexistes, A. s’est vue refuser l’accès aux toilettes alors qu’elle avait ses règles et devait se changer. Les officiers de police l’ont également prévenue que si elle n’était pas « sage », ils la donneraient en pâture aux « tueurs » de la cellule dans laquelle elle venait d’être transférée après 30 heures de rétention dans une cellule individuelle.

Bienvenue dans Minority Report

Une étudiante de Nanterre a expliqué à Libération : « On a été encerclés comme du bétail dans la cour. Les CRS nous ont dit que si on les suivait, il n’y aurait pas de suite. Ils nous ont fouillés et palpés avant de nous faire monter dans des bus. » Un bus où plus de 60 jeunes ont passé une grande partie de la nuit, sans eau, sans nourriture et sans moyen d’aller aux toilettes. Des méthodes d’épuisement psychologique visant à faire « craquer » les jeunes, dont la majorité est accusée ou bien d’effraction dans un bâtiment public, ou de « rassemblement dans le but de commettre des dégradations ». Une étudiante de Tolbiac, elle aussi arrêtée le 22 mai et dont le procès se déroulera en juin, est ainsi accusée d’avoir été arrêtée alors qu’elle allait commettre une dégradation. Aucune preuve, aucun témoignage, aucune vidéo, mais le fait d’avoir un K-Way noir un jour de pluie suffit maintenant pour la police à être accusé d’appartenir au black bloc. Bienvenue dans Minority Report, sous les ordres de la police française.

La politique de la matraque

Suite à cette occupation du lycée Arago, ce sont donc de nombreux étudiantEs et lycéenEs qui sont passés devant le juge pour un rappel à la loi ou alors pour voir leur procès repoussé. Des procès qui n’ont qu’un but : isoler les lycéenEs les plus déterminés à lutter contre la sélection à l’université du reste de leurs camarades et espérer briser un mouvement naissant. Une logique qui était déjà celle qui prévalait dans la réaction du gouvernement face aux occupations de facs et qui montre la fragilité politique d’un Macron qui, incapable de convaincre les lycéenEs du « bienfait » de ses réformes, ne peut que réprimer celles et ceux qui osent dire non à son monde. 

Charle Fire

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